Selon quels critères peut-on « ranger » 68 millions de Français dans des catégories, et pourquoi ces catégories n’ont-elles pas toutes les mêmes chances ? Premier chapitre de sociologie de Terminale, « Comment est structurée la société française actuelle ? » commence par les facteurs qui structurent l’espace social et les grandes mutations de l’emploi depuis 1945. Cette fiche couvre cette première partie ; la seconde traite des théories des classes sociales et de leur actualité.
Ce qu’il faut retenir
- Sept facteurs structurent l’espace social au programme : catégorie socioprofessionnelle, revenu, diplôme, composition du ménage, position dans le cycle de vie, sexe, lieu de résidence. Ils créent des catégories hiérarchisées et des inégalités multidimensionnelles et cumulatives.
- Les PCS de l’Insee classent selon la profession, le statut, la position hiérarchique, la qualification, l’activité et la taille de l’entreprise, la nature de l’employeur, mais jamais selon le revenu ni le diplôme.
- Depuis 1945, la structure socioprofessionnelle a connu quatre mutations : salarisation, tertiarisation, élévation du niveau de qualification et féminisation des emplois.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Comment est structurée la société française actuelle ? » de la partie Sociologie et science politique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SSP-Q1), évaluable à l’épreuve écrite. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Quels facteurs structurent l’espace social ?
L’espace social est organisé selon les positions sociales des individus. Le classer en catégories permet de repérer des similitudes au sein d’un groupe, des différences entre groupes et des corrélations : entre diplôme et revenu, entre milieu social et pratiques culturelles. Surtout, ces catégories sont hiérarchisées : elles n’ont pas le même accès aux ressources économiques, sociales ou politiques. D’où les inégalités, définies comme des différences qui procurent un avantage ou un désavantage, à distinguer des simples différences (la couleur des yeux ne crée pas de hiérarchie).
Les inégalités économiques portent sur les revenus et le patrimoine, les inégalités sociales sur les ressources socialement valorisées (santé, culture, diplôme, prestige). Elles sont multidimensionnelles et cumulatives : un faible diplôme se répercute sur le salaire, qui pèse sur l’accès aux soins et donc sur l’espérance de vie. Deux chiffres pour une copie : l’écart d’espérance de vie entre un homme cadre et un homme ouvrier dépasse six ans ; à temps de travail équivalent, l’écart de salaire entre hommes et femmes reste proche de 17 % (Observatoire des inégalités).
Les sept facteurs du programme
La catégorie socioprofessionnelle d’abord : la nomenclature des PCS de l’Insee, dont vous devez connaître les critères de construction (profession, statut salarié ou indépendant, position hiérarchique, qualification, activité et taille de l’entreprise, employeur public ou privé) et surtout ce qu’elle n’utilise pas : le revenu et le diplôme. Un professeur est classé cadre sans en avoir le salaire. S’ajoutent le revenu, le diplôme, la composition du ménage (le taux de pauvreté des familles monoparentales est très supérieur à celui des couples), la position dans le cycle de vie (les jeunes sont beaucoup plus touchés par le chômage et la précarité), le sexe et le lieu de résidence (ville ou campagne, centre ou banlieue). Dans la vidéo, Perrine part des choix de spécialité au lycée pour montrer comment le genre structure encore la société.
II. Les grandes évolutions de la structure socioprofessionnelle
Dans les années 1950, les ouvriers représentaient environ 40 % des actifs et les agriculteurs près d’un quart ; aujourd’hui, ils pèsent respectivement environ 20 % et moins de 2 %, tandis que cadres, professions intermédiaires et employés ont fortement progressé. Quatre mutations expliquent ce basculement.
La salarisation : la part des salariés, liés à leur employeur par un contrat de travail et un lien de subordination, atteint près de 90 % de l’emploi. Elle s’explique par le déclin de l’agriculture et du petit commerce indépendant, et par les avantages du statut salarié (protection sociale, salaire minimum). Le statut d’auto-entrepreneur, créé en 2009, a légèrement relancé le travail indépendant.
La tertiarisation : la part des emplois du secteur tertiaire (services) a presque doublé depuis les années 1960, au détriment du primaire (agriculture) et du secondaire (industrie), sous l’effet de la désindustrialisation et de la hausse de la demande de services.
L’élévation du niveau de qualification : plus de 80 % d’une génération obtient le bac, contre 25 % au début des années 1980, et les emplois créés dans les services exigent davantage de diplômes, même si certains emplois peu qualifiés (aide à la personne, restauration) restent très demandés.
La féminisation des emplois : depuis les années 1960, le taux d’activité des femmes a fortement augmenté, sous l’effet conjugué de la tertiarisation, du mouvement d’émancipation et de la nécessité de deux salaires. Mais les femmes restent surreprésentées dans le temps partiel et dans des professions moins valorisées et moins rémunérées. La vidéo commente les graphiques de l’Insee sur ces quatre évolutions, avec les phrases de lecture attendues dans une EC2.
La suite du chapitre
La seconde vidéo aborde les théories des classes sociales (Marx, Weber, Bourdieu) et la question centrale du chapitre : peut-on encore parler de classes sociales aujourd’hui ?
▶ La structuration de la société française 2/2 : les classes sociales, encore d’actualité ?
▶ De la lutte des classes à la lutte des places (Grand oral)
▶ Les trois étapes pour réussir l’étude de document en SESQuestions fréquentes
Quels sont les critères de construction des PCS ?
La profession, le statut (salarié ou indépendant), la position hiérarchique, la qualification, l’activité et la taille de l’entreprise, et la nature publique ou privée de l’employeur. Le revenu et le diplôme ne sont pas des critères de classement.
Que signifie « inégalités multidimensionnelles et cumulatives » ?
Multidimensionnelles : elles touchent plusieurs domaines à la fois (revenu, patrimoine, santé, éducation, culture, logement). Cumulatives : une inégalité en entraîne d’autres, un faible diplôme conduisant par exemple à un revenu plus faible puis à une moins bonne santé.
Quelles sont les quatre mutations de la structure socioprofessionnelle depuis 1945 ?
La salarisation (hausse de la part des salariés), la tertiarisation (hausse des emplois de services), l’élévation du niveau de qualification et la féminisation des emplois.
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