SES Terminale

Comment est structurée la société française actuelle ? (2/2) Marx, Weber, Bourdieu : les classes sociales sont-elles encore d’actualité ? (SES Terminale)

Classes sociales chez Marx et Weber, moyennisation de Mendras, distances inter et intra-classes, individualisation, capitaux et habitus de Bourdieu, conscience de classe : la seconde partie du chapitre de SES Terminale sur la structure sociale.

Programme officiel
  1. partie Sociologie et science politique
  2. questionnement 1 Comment est structurée la société française actuelle ?
Par · · 6 min de lecture

« L’approche en termes de classes sociales est-elle encore pertinente pour analyser la société française ? » : depuis la réforme du bac, ce sujet est tombé plusieurs fois. Après la stratification sociale et ses évolutions, cette seconde fiche du chapitre « Comment est structurée la société française actuelle ? » présente les théories de Marx et de Weber, puis les arguments pour et contre la disparition des classes sociales.

▶ La structuration de la société française SES 2/2 Les classes sociales, encore d’actualité ? terminale — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Pour Marx, la société est divisée en deux classes antagonistes définies par la place dans les rapports de production ; une classe en soi devient classe pour soi quand elle acquiert une conscience de classe. Pour Weber, la stratification est multidimensionnelle : ordre économique (classes), ordre social (groupes de statut), ordre politique (partis).
  • Contre la pertinence des classes : la moyennisation (Mendras), la baisse des distances interclasses et la hausse des distances intraclasses, l’individualisation, le recul de l’identification subjective et la multiplication des facteurs de différenciation (genre, origine, génération).
  • Pour la pertinence des classes : la persistance des inégalités économiques, l’analyse de Bourdieu en termes de capitaux et d’habitus, et le maintien d’une conscience de classe chez les classes populaires comme chez la grande bourgeoisie.

Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Comment est structurée la société française actuelle ? » de la partie Sociologie et science politique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SSP-Q1), évaluable à l’épreuve écrite. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.

I. Les approches théoriques de la stratification sociale

Karl Marx : la lutte des classes

Pour Marx (1818-1883), chaque mode de production oppose deux classes aux intérêts contradictoires. Dans le capitalisme, les bourgeois, propriétaires des moyens de production, exploitent les prolétaires, qui ne possèdent que leur force de travail. Une classe en soi rassemble des individus qui partagent des conditions et des intérêts communs sans en avoir conscience ; elle devient classe pour soi lorsqu’elle acquiert une conscience de classe et se mobilise collectivement. Approche réaliste (les classes existent) et unidimensionnelle (un seul critère, économique).

Max Weber : trois ordres, trois hiérarchies

Weber (1864-1920) ajoute deux dimensions. L’ordre économique, fondé sur la richesse, distingue des classes ; l’ordre social, fondé sur le prestige, distingue des groupes de statut (réputation, style de vie, diplôme) ; l’ordre politique, fondé sur le pouvoir, distingue des partis. Ces hiérarchies ne se superposent pas : un nouveau riche peut être au sommet de l’ordre économique sans prestige. Approche nominaliste (les classes sont des outils du sociologue), multidimensionnelle, sans conscience de classe.

MarxWeber
DémarcheRéalisteNominaliste
CritèresUn seul (économique)Trois (richesse, prestige, pouvoir)
Vision de la sociétéPyramidale, conflictuelleStratifiée en ordres distincts
Conscience de classeOui, condition de la lutteNon

II. La disparition des classes sociales ?

Premier argument : l’évolution des distances interclasses. Avec les Trente Glorieuses, le salariat, l’État-providence et la hausse du niveau d’éducation, les niveaux et les modes de vie se sont rapprochés. Henri Mendras décrit ce mouvement par sa « toupie » : une immense classe moyenne au centre, peu de monde aux extrêmes, c’est la moyennisation. À l’inverse, les distances intraclasses ont augmenté : entre un ouvrier qualifié en CDI et un ouvrier précaire enchaînant les missions, les écarts sont tels que la « classe ouvrière » perd son homogénéité.

Deuxième argument : l’individualisation. Dans les sociétés modernes analysées par Durkheim, les individus s’autonomisent par rapport aux normes de leur groupe ; au travail, les négociations se font au cas par cas et la syndicalisation recule. Les enquêtes le confirment : l’identification subjective à une classe diminue, et plus de la moitié des Français se disent « classe moyenne ». Troisième argument : la position sociale ne dépend pas que de la classe. Les rapports sociaux de genre, l’origine, la génération sont des facteurs de différenciation tout aussi pertinents, que le programme demande d’articuler avec les classes.

III. Vers un retour des classes sociales ?

Les inégalités économiques persistent entre catégories socioprofessionnelles, et la moyennisation décrite dans les années 1960 s’est essoufflée. Pierre Bourdieu propose une lecture toujours actuelle : chaque individu dispose d’un capital économique, d’un capital social (réseau de relations) et d’un capital culturel (dispositions transmises par la famille). Le volume global de capital détermine la position dans l’espace social (classe dominante, moyenne, populaire), et chaque classe se distingue des autres par ses goûts et ses pratiques, son habitus. En additionnant ouvriers et employés non qualifiés, les classes populaires représentent d’ailleurs encore près d’un emploi sur cinq.

La conscience de classe n’a pas disparu non plus : les mouvements des Gilets jaunes ou des Indignés relèvent de mobilisations collectives au sens de Marx, et, à l’autre extrémité, Monique et Michel Pinçon-Charlot ont montré comment la grande bourgeoisie défend son entre-soi (rallyes, écoles privées, homogamie), formant une véritable classe pour soi. Conclusion attendue : la classe sociale reste un outil pertinent, mais une analyse qui s’y limiterait serait incomplète. Dans la vidéo, Perrine construit le plan de dissertation « oui / mais » à partir de ces arguments, et l’application propose les fiches auteurs avec les citations à retenir.

Pour aller plus loin

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre classe en soi et classe pour soi ?

Chez Marx, une classe en soi regroupe des individus partageant objectivement les mêmes conditions et intérêts, sans en avoir conscience. Elle devient classe pour soi lorsque ses membres prennent conscience de leurs intérêts communs et se mobilisent collectivement.

Qu’est-ce que la moyennisation ?

La thèse d’Henri Mendras selon laquelle la croissance des Trente Glorieuses, le salariat et l’élévation du niveau de vie ont rapproché les modes de vie et gonflé une vaste classe moyenne, réduisant les distances entre les classes au point de rendre la notion moins pertinente.

Quels sont les trois capitaux chez Bourdieu ?

Le capital économique (revenus, patrimoine), le capital social (réseau de relations mobilisables) et le capital culturel (diplômes, dispositions et savoirs transmis par la famille). Leur volume et leur structure déterminent la position dans l’espace social.

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Perrine Motch

Agrégée en sciences économiques, Perrine Motch enseigne depuis plus de dix ans. Originaire de Belgique, elle a été formatrice et professeure de sciences économiques avant de rejoindre le réseau des lycées français à l’étranger, où elle a enseigné les SES en Afrique du Sud, à Taïwan, en Bolivie et en Suède. Elle a rejoint le département de SES de La Boîte à Bac en 2021 : elle écrit et présente les vidéos et les fiches de SES de Première et de Terminale. Passionnée par les questions sociales contemporaines, elle voit dans les SES une matière qui permet de comprendre le monde et de développer l’esprit critique des élèves. Également conseillère en orientation, elle aide les élèves à prendre confiance en leur potentiel et à trouver leur voie.

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