Regardez l’étiquette de votre pull, de votre jean, de vos baskets : en remontant leur filière de production, vous ferez sans doute le tour du monde. Comment en est-on arrivé au « made in monde » ? Cette première fiche du chapitre « Quels sont les fondements du commerce international et de l’internationalisation de la production ? » présente les outils de mesure, les grandes évolutions des échanges et les théories qui expliquent pourquoi les pays se spécialisent. La seconde fiche traite des firmes multinationales, des effets du commerce et du protectionnisme.
Ce qu’il faut retenir
- La balance commerciale compare exportations et importations. Depuis 1950, les échanges croissent deux fois plus vite que le PIB mondial, se concentrent sur trois pôles et portent surtout sur des produits manufacturés.
- Pour Smith, un pays se spécialise là où il a un avantage absolu ; pour Ricardo, là où il a un avantage comparatif, c’est-à-dire le coût d’opportunité le plus faible. Le modèle HOS explique ces avantages par les dotations factorielles et technologiques.
- Le commerce entre pays comparables (intrabranche) s’explique par la différenciation des produits (Krugman) et par la fragmentation de la chaîne de valeur entre les filiales des firmes multinationales.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Quels sont les fondements du commerce international et de l’internationalisation de la production ? » de la partie Science économique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SE-Q2), évaluable à l’épreuve écrite. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Mesurer le commerce international : la balance commerciale
Le commerce international désigne l’ensemble des échanges de biens et de services entre pays ; l’internationalisation de la production, le fait que les étapes de fabrication d’un produit sont réparties dans plusieurs pays. On mesure les échanges d’un pays par sa balance commerciale : exportations moins importations. Un solde positif est un excédent commercial, comme celui que la Chine enregistre chaque année ; un solde négatif est un déficit commercial, situation de la France depuis plus de vingt ans, avec un record de plus de 150 milliards d’euros en 2022 sous l’effet de la facture énergétique.
Un déficit n’est pas forcément une catastrophe : il peut traduire un manque de compétitivité à l’export, mais aussi une demande intérieure dynamique. En revanche, comme le solde extérieur entre dans le calcul du PIB, il pèse sur la croissance. Dans la vidéo, Perrine apprend à lire les graphiques des douanes et de l’Insee que l’on retrouve dans les sujets.
II. Les grandes évolutions du commerce international
Les échanges décollent au XIXe siècle, se replient entre les deux guerres et la crise de 1929, puis explosent après 1945, en partie pour rendre les économies interdépendantes et éviter un nouveau conflit. Entre 1950 et 2020, le volume du commerce mondial a été multiplié par plus de quarante. Trois évolutions à connaître : les échanges augmentent deux fois plus vite que le PIB mondial ; ils se concentrent sur trois pôles, Amérique du Nord, Europe et Asie (tripolarisation), l’Asie gagnant du terrain ; les produits manufacturés ont remplacé les produits primaires comme cœur des échanges.
Ces évolutions s’expliquent par la baisse des coûts de transport (le conteneur, le numérique), par la libéralisation des échanges (GATT en 1947, devenu l’OMC en 1995, et plus de 350 accords régionaux de libre-échange comme l’Union européenne) et par le poids des firmes multinationales, dont les échanges entre filiales représentent une part considérable du commerce mondial.
III. Pourquoi se spécialiser ? Avantages absolus, avantages comparatifs, dotations factorielles
Pour Adam Smith, chaque pays doit se spécialiser dans la production où il est le plus productif, c’est-à-dire où il possède un avantage absolu, et importer le reste. Mais que faire d’un pays qui n’est le meilleur nulle part ? David Ricardo répond en 1817 avec les avantages comparatifs : même un pays moins productif dans toutes les productions gagne à se spécialiser là où son désavantage est le plus faible, c’est-à-dire où son coût d’opportunité est le plus bas. Et le pays le plus productif partout a lui aussi intérêt à se concentrer sur sa meilleure spécialité.
| Heures de travail pour une unité de… | Angleterre | Portugal |
|---|---|---|
| Vin | 120 | 80 |
| Drap | 100 | 90 |
| Coût relatif drap / vin | 100/120 = 0,83 | 90/80 = 1,12 |
| Coût relatif vin / drap | 120/100 = 1,2 | 80/90 = 0,89 |
Le Portugal est plus productif dans les deux biens, mais son avantage est plus net dans le vin ; l’Angleterre est « la moins mauvaise » dans le drap. En se spécialisant, les deux pays produisent au total plus de vin et plus de drap avec la même quantité de travail, et les gains à l’échange sont partagés. Perrine explique ce calcul avec une comparaison entre une star du football et le fils de sa voisine qui reste en tête.
Le modèle HOS et les dotations
Ricardo ne considère que le travail. Le modèle HOS (Heckscher, Ohlin, Samuelson) complète : un pays se spécialise dans les productions qui utilisent intensivement le facteur dont il est abondamment doté, ce sont les dotations factorielles. Un pays riche en main-d’œuvre (le Bangladesh) exporte du textile ; un pays riche en capital (l’Allemagne) des automobiles. Les dotations technologiques, fruit de la R&D et du capital humain, s’y ajoutent et évoluent : la Corée du Sud est passée en vingt ans du textile à l’électronique.
IV. Comment expliquer le commerce entre pays comparables ?
Les théories classiques expliquent l’échange de produits différents entre pays différents (commerce interbranche). Or les premiers partenaires de la France sont l’Allemagne, l’Italie et la Belgique, et l’on s’échange des voitures contre des voitures : c’est le commerce intrabranche, près des deux tiers des échanges aujourd’hui. Paul Krugman l’explique par la différenciation des produits, horizontale (des produits de qualité similaire mais de caractéristiques différentes, comme les smartphones coréens et américains) ou verticale (des gammes différentes, la citadine française contre la berline allemande), et par les économies d’échelle qu’un marché élargi permet.
Seconde explication : la fragmentation de la chaîne de valeur. Les firmes multinationales découpent la production en étapes réalisées dans les pays les plus adaptés, et les composants circulent entre filiales (commerce intrafirme). Un avion ou un smartphone franchit ainsi plusieurs frontières avant d’être fini. Ce rôle des firmes est le point de départ de la seconde fiche du chapitre.
La suite du chapitre
▶ Fondements du commerce international 2/2 : firmes, effets et protectionnisme
▶ Europe vs Chine, vers une guerre commerciale ? (Grand oral)
▶ Réussir sa dissertation en SESQuestions fréquentes
Quelle est la différence entre avantage absolu et avantage comparatif ?
Un pays a un avantage absolu quand il produit un bien avec moins de facteurs que ses partenaires. Il a un avantage comparatif quand son coût d’opportunité pour ce bien est plus faible que celui de ses partenaires, même s’il n’est pas le plus productif. Pour Ricardo, c’est l’avantage comparatif qui justifie la spécialisation.
Qu’est-ce que le commerce intrabranche ?
L’échange de produits similaires appartenant à la même branche entre pays aux dotations comparables, par exemple des automobiles entre la France et l’Allemagne. Il s’explique par la différenciation des produits et par la fragmentation de la chaîne de valeur.
Que sont les dotations factorielles ?
Les quantités de facteurs de production (travail, capital, ressources naturelles) dont dispose un pays. Selon le modèle HOS, un pays se spécialise dans les productions qui utilisent intensivement le facteur qu’il possède en abondance.
Nos produits
Pour aller plus loin en SES
Kit’Bac de SES350 cartes et plus de 700 questions sur tout le programme de Première et de Terminale, des flashcards à trois niveaux, des défis et des jeux pour réviser seul ou à plusieurs.Voir le Kit’Bac SES


