Le progrès technique ne tombe pas du ciel : il est produit par l’économie elle-même, il détruit autant qu’il crée, et il se heurte aux limites de la planète. Après la mesure et les sources de la croissance, cette seconde fiche du chapitre « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? » aborde l’origine du progrès technique, le rôle des institutions, les effets de l’innovation sur les inégalités et la question de la soutenabilité.
Ce qu’il faut retenir
- Le progrès technique est endogène : il résulte des investissements en capital physique, technologique, humain et public, et la croissance s’auto-entretient. Les institutions (droits de propriété, brevets) créent le cadre qui incite à innover.
- L’innovation entraîne un processus de destruction créatrice (Schumpeter) et peut accroître les inégalités de revenus en polarisant le marché du travail et en rémunérant davantage le capital.
- La croissance se heurte à des limites écologiques (épuisement des ressources, pollution, réchauffement). Le débat oppose soutenabilité faible (les capitaux sont substituables, l’innovation compensera) et soutenabilité forte (le capital naturel est irremplaçable).
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? » de la partie Science économique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SE-Q1), évaluable à l’épreuve écrite. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. D’où vient le progrès technique ? Innovations et croissance endogène
Une innovation est l’application d’une invention dans la sphère productive. Le programme distingue les innovations de procédé (une nouvelle façon de produire, comme l’impression 3D), de produit (le téléphone portable), de commercialisation (la livraison par drone) et d’organisation (le self-service). Elles arrivent souvent en grappes, selon l’expression de Joseph Schumpeter : une innovation majeure en entraîne une multitude de complémentaires.
Pour Solow, le progrès technique était exogène, tombé de nulle part. Dans les années 1980, Paul Romer et Robert Barro proposent la théorie de la croissance endogène : le progrès technique est produit par le système économique lui-même, grâce aux investissements privés et publics dans quatre capitaux, le capital physique (machines), le capital technologique (R&D), le capital humain (formation) et le capital public (infrastructures). La croissance devient cumulative : elle finance les investissements qui génèrent le progrès technique qui nourrit la croissance. Perrine le schématise dans la vidéo avec l’exemple d’un hôpital universitaire, exemple que vous pourrez reprendre dans une dissertation.
II. Le rôle des institutions
Les institutions sont l’ensemble des règles, lois et organisations qui encadrent l’activité économique. Elles favorisent la croissance en garantissant un environnement stable : personne n’investit dans la recherche s’il n’est pas sûr d’en récolter les fruits. Les droits de propriété, et notamment les brevets, qui protègent une innovation pendant vingt ans, sont le cœur de ce mécanisme.
Le programme cite quatre grandes catégories d’institutions : celles qui créent les marchés (droits de propriété, droits d’auteur), celles qui les réglementent (protection du consommateur, réduction des externalités), celles qui les stabilisent (banques centrales) et celles qui les légitiment (protection sociale, redistribution). Sans ces garanties, l’horizon des investisseurs se raccourcit et l’innovation s’étiole.
III. Les effets du progrès technique : destruction créatrice et inégalités
L’innovation n’a pas que des effets positifs. Pour Schumpeter, les grappes d’innovation déclenchent un processus de destruction créatrice : les nouveaux produits rendent les anciens obsolètes, du magnétoscope au lecteur DVD, du DVD au streaming, et les entreprises qui ne s’adaptent pas disparaissent. L’innovateur, lui, bénéficie d’un monopole temporaire dont il tire profit jusqu’à ce que l’innovation se diffuse.
Deuxième effet, les inégalités de revenus. Le progrès technique remplace les tâches routinières de qualification moyenne (caisses automatiques) tout en augmentant la productivité des travailleurs qualifiés : c’est la polarisation du marché du travail, avec des emplois très qualifiés bien payés d’un côté, des emplois peu qualifiés mal payés de l’autre, et le milieu qui se creuse. Par ailleurs, les revenus du capital, tirés par les monopoles temporaires à l’échelle mondiale, progressent plus vite que ceux du travail. Dans la vidéo, Perrine analyse un graphique de l’OCDE sur l’évolution des emplois par niveau de compétence entre 1995 et 2015.
IV. Une croissance soutenable ?
La croissance a des limites écologiques : l’épuisement des ressources (renouvelables surexploitées, non renouvelables condamnées à disparaître), la pollution, externalité négative dont le coût n’est pas payé par ceux qui la causent, et le réchauffement climatique lié aux gaz à effet de serre. Tant que ces dommages ne sont pas tarifés, rien n’incite les agents à les réduire.
Depuis le rapport Brundtland de 1987, qui définit le développement durable comme celui qui répond aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures, les économistes s’opposent sur la notion de croissance soutenable. Les partisans de la soutenabilité faible considèrent que le capital naturel est substituable par les autres capitaux : l’innovation (énergies renouvelables, capture du carbone) compensera les dégradations. Ceux de la soutenabilité forte jugent le capital naturel irremplaçable et préconisent le principe de précaution, quitte à limiter la croissance. Ce débat se prolonge dans le chapitre sur l’action publique pour l’environnement, et l’application vous propose une fiche de synthèse des deux positions avec les arguments attendus au bac.
Pour aller plus loin
▶ La croissance, sources et défis 1/2 : la mesure et les sources de la croissance
▶ Quelle action publique pour l’environnement ? 1/2
▶ TSMC : un modèle de croissance économique (Grand oral)Questions fréquentes
Qu’est-ce que la croissance endogène ?
Une théorie (Romer, Barro) selon laquelle le progrès technique n’est pas extérieur à l’économie mais produit par elle, grâce aux investissements en capital physique, technologique, humain et public. La croissance s’auto-entretient : elle finance les investissements qui génèrent le progrès technique.
Qu’est-ce que la destruction créatrice ?
Le processus décrit par Schumpeter par lequel les innovations font disparaître les produits, les techniques et les entreprises anciennes tout en créant de nouvelles activités. Il est source de croissance mais aussi de pertes d’emplois et de faillites.
Soutenabilité faible et soutenabilité forte : quelle différence ?
La soutenabilité faible suppose que le capital naturel peut être remplacé par du capital technologique ou humain : il suffit de préserver le stock global de capital. La soutenabilité forte considère que le capital naturel n’est pas substituable et doit être préservé en tant que tel.
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