Pourquoi votre génération trouve-t-elle ringard ce que vos parents trouvaient stylé ? Pourquoi dîne-t-on à 19 h 30 en France et à 22 h en Espagne ? Pourquoi les enfants de footballeurs deviennent-ils si souvent footballeurs ? La réponse tient en un mot, au cœur du premier chapitre de sociologie de Première : la socialisation. Voici ce qu’il faut savoir, et ce que la vidéo de Perrine développe.
Ce qu’il faut retenir
- La socialisation est le processus par lequel l’individu intériorise les façons d’être, de penser et d’agir de la société dans laquelle il vit. Elle dure toute la vie : primaire dans l’enfance, secondaire à l’âge adulte.
- Elle passe par deux modes, l’inculcation (transmission explicite, avec sanctions positives ou négatives) et l’imprégnation (imitation non intentionnelle), et par plusieurs instances : famille, école, groupe de pairs, médias.
- Les configurations familiales (milieu social, composition de la famille, capital culturel, fratrie, origine migratoire) modifient les conditions de la socialisation, et la pluralité des influences explique les trajectoires improbables.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Comment la socialisation contribue-t-elle à expliquer les différences de comportement des individus ? » de la partie Sociologie et science politique du programme officiel de SES de Première (code SES-1-SSP-Q1). Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Qu’est-ce que la socialisation ?
Chaque mot de la définition compte. « L’individu est construit » : il s’agit de nos goûts, de nos manières de faire, de nos aspirations. « Par la société dans laquelle il vit » : ces façons d’être dépendent du contexte social, du pays, de la ville, du milieu. « Processus » : cela ne s’arrête jamais, et vos goûts d’aujourd’hui ne sont pas ceux que vous aurez à trente ans.
Le programme distingue la socialisation primaire, de l’enfance à l’adolescence, fondamentale parce qu’elle pose les bases de la personnalité sociale, et la socialisation secondaire, à l’âge adulte : conjugale, professionnelle, politique. Pendant l’enfance, deux instances dominent, la famille (première instance, chargée d’affectif) et l’école, rejointes ensuite par le groupe de pairs et les médias, aujourd’hui surtout les réseaux sociaux.
Deux modes se combinent : l’inculcation, transmission explicite de règles assortie de sanctions positives (compliments, récompenses) ou négatives (moqueries, punitions), et l’imprégnation, apprentissage non intentionnel par observation et imitation. Suivre une mode relève des deux : on imite ce que l’on voit, et l’on cherche l’approbation de son entourage. Dans la vidéo, Perrine raconte comment son arrivée en Espagne l’a obligée à « re-socialiser » ses horaires de dîner, un exemple de socialisation secondaire que vous pouvez réutiliser.
II. La diversité des configurations familiales
Toutes les familles ne socialisent pas de la même façon. Le milieu social, défini par la profession et les revenus des parents, joue un rôle majeur : selon le Centre d’observation de la société, 95 % des candidats au bac général enfants d’enseignants obtiennent leur diplôme, contre 80 % de ceux dont les parents n’ont pas d’activité professionnelle.
Mais le programme vous demande d’aller plus loin que le milieu social, avec la notion de configuration familiale : la composition de la famille (parents ensemble, séparés, famille monoparentale ou recomposée), le capital culturel (niveau de diplôme des parents), la taille de la fratrie et la place de l’enfant dans celle-ci, l’origine migratoire. Les travaux de Bernard Lahire montrent par exemple que, à milieu social identique, le rapport à l’école d’un enfant change du tout au tout si un grand frère fait des études supérieures. La vidéo développe ces facteurs un par un, sans hiérarchiser les familles : l’objectif est de comprendre, pas de juger.
III. Pluralité des influences et trajectoires improbables
Parce que la famille est la première instance et que ses interactions sont répétées, on observe des comportements semblables chez les personnes de même milieu ou de même sexe : plus de garçons au football, plus de filles en gymnastique, plus d’enfants de cadres en classe préparatoire (54 % des élèves de prépa sont enfants de cadres, 7 % enfants d’ouvriers selon l’OCDE). Ce sont des trajectoires probables, au sens statistique du terme. Attention au raccourci : « probable » ne veut pas dire « obligatoire ».
Une trajectoire improbable s’écarte de ces régularités : une fille footballeuse, un fils d’ouvrier à Sciences Po, un fils de cadre qui rate son bac. Le programme l’explique par la pluralité des instances de socialisation : nous vivons tous des expériences différentes, nous croisons des personnes qui marquent notre parcours, et ces influences parfois contradictoires font que chaque trajectoire est unique. Perrine détaille dans la vidéo comment mobiliser cette idée dans un raisonnement, et l’application propose la vidéo exclusive du chapitre suivant sur la déviance, qui prolonge cette réflexion.
Pour continuer la sociologie de Première
Après la socialisation, le programme s’intéresse aux liens qui unissent les individus, puis aux processus qui mènent à la déviance.
▶ Comment se construisent et évoluent les liens sociaux ?
▶ Ne pas vouloir d’enfants, une déviance ? (Grand oral)
▶ La digitalisation de l’amour : évolution des normes sociales (Grand oral)Questions fréquentes
Quelle est la différence entre socialisation primaire et secondaire ?
La socialisation primaire se déroule de l’enfance à l’adolescence, principalement dans la famille et à l’école : elle pose les bases durables de la personnalité sociale. La socialisation secondaire se poursuit à l’âge adulte, au travail, dans le couple ou en politique, et peut transformer les façons d’agir acquises pendant l’enfance.
Inculcation et imprégnation : comment les distinguer ?
L’inculcation est une transmission explicite et volontaire de normes, appuyée par des sanctions positives ou négatives. L’imprégnation est un apprentissage non intentionnel : l’enfant observe et imite les adultes et les pairs sans que personne ne lui enseigne quoi que ce soit.
Qu’est-ce qu’une trajectoire improbable ?
Un parcours individuel qui s’écarte de ce que les statistiques laissent attendre compte tenu du milieu social ou du sexe (un fils d’ouvrier qui entre dans une grande école, par exemple). Elle s’explique par la pluralité des instances et des expériences de socialisation.
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