L’ascenseur social est-il vraiment en panne ? Selon les estimations, la génération des millennials serait la première à vivre moins bien que ses parents. Le chapitre « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ? » donne les outils pour répondre : définir les formes de mobilité, les mesurer, puis comprendre ce qui fait monter ou descendre les individus d’une génération à l’autre. L’essentiel, et ce que la vidéo de Perrine et les vidéos de l’application développent.
Ce qu’il faut retenir
- La mobilité sociale est le changement de position sociale (mesurée par la PCS) d’un individu ou d’un groupe. On distingue mobilité intergénérationnelle et intragénérationnelle, verticale (ascendante ou descendante : le déclassement) et horizontale, et l’on parle de reproduction sociale quand la position ne change pas.
- Les tables de mobilité mesurent la mobilité observée ; la fluidité sociale compare les chances relatives d’accès à une position selon l’origine.
- Trois facteurs au programme : l’évolution de la structure socioprofessionnelle (mobilité structurelle), l’évolution des niveaux de formation (massification scolaire, mais persistance des inégalités et dévalorisation relative des diplômes) et les ressources et configurations familiales.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Quels sont les caractéristiques contemporaines et les facteurs de la mobilité sociale ? » de la partie Sociologie et science politique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SSP-Q3), évaluable à l’épreuve écrite. Les tables de mobilité et le chapitre voisin sur l’action de l’École font l’objet de vidéos exclusives sur l’application. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Les formes de la mobilité
La mobilité sociale est le passage d’une position sociale à une autre, la position étant repérée par la catégorie socioprofessionnelle. Un employé de libre-service qui devient directeur de magasin passe de la PCS employés à celle des cadres : c’est une mobilité sociale. À distinguer de la mobilité géographique (changer de lieu de résidence) et de la mobilité professionnelle (changer de métier ou de statut), qui n’impliquent pas forcément un changement de position sociale.
La mobilité est horizontale quand le statut ne change pas, verticale quand il change : ascendante en cas d’ascension, descendante en cas de déclassement. Elle est intragénérationnelle au cours de la vie d’un individu, intergénérationnelle entre parents et enfants : c’est cette dernière qui intéresse le chapitre. Quand la position est identique d’une génération à l’autre, on parle d’immobilité ou de reproduction sociale.
On la mesure grâce aux tables de mobilité, tableaux à double entrée construits par l’Insee à partir de l’enquête Formation et qualification professionnelle. Leur lecture (table de destinée, table de recrutement) et leurs limites, ainsi que la notion de fluidité sociale, qui compare les chances relatives d’un fils d’ouvrier et d’un fils de cadre de devenir cadre, sont détaillées dans la vidéo exclusive de l’application. Retenez ici la tendance : la mobilité ascendante a progressé pendant les Trente Glorieuses avant de ralentir depuis les années 1970.
II. Les facteurs de la mobilité sociale
L’évolution de la structure socioprofessionnelle
Le déclin des agriculteurs et des ouvriers et l’essor des emplois tertiaires et qualifiés ont mécaniquement fait « monter » les enfants d’agriculteurs et d’ouvriers vers les professions intermédiaires et les cadres. C’est la mobilité structurelle, qui expliquait une grande partie de la mobilité observée à la fin des années 1970 et que vous devez distinguer de la mobilité liée aux chances individuelles.
L’évolution des niveaux de formation
L’école est présentée comme l’instrument de l’égalité des chances. Les politiques de massification scolaire (scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, collège unique en 1975, objectif de 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac fixé en 1985 et atteint dans les années 2010, objectif de 50 % de diplômés du supérieur) ont accompagné la mobilité structurelle. Mais le système français reste l’un des plus inégalitaires de l’OCDE : selon PISA 2022, le milieu social explique environ 20 % des écarts de résultats en France contre 13 % en moyenne, et les enfants de cadres sont neuf fois plus nombreux que les enfants d’ouvriers en école d’ingénieurs.
Autre effet, la dévalorisation relative des diplômes : quand plus de la moitié d’une génération est diplômée du supérieur, le diplôme protège moins qu’avant, et certains jeunes doivent accepter un emploi pour lequel ils sont surqualifiés, c’est le déclassement scolaire (paradoxe d’Anderson). Dans la vidéo, Perrine montre comment articuler ces deux idées, hausse du niveau de formation et persistance des inégalités, dans un même paragraphe argumenté.
Les ressources et configurations familiales
La famille transmet les trois capitaux de Bourdieu (économique, social, culturel). Dans les milieux aisés, les stratégies familiales (écoles privées, cours particuliers, ambitions transmises, réseau pour le premier emploi), l’homogamie et l’héritage entretiennent la reproduction sociale. Mais près d’un tiers des cadres sont enfants d’ouvriers ou d’employés : ces trajectoires improbables s’expliquent par l’investissement des familles dans la scolarité (Bernard Lahire) ou par leurs calculs coût-avantage (Raymond Boudon), analyses développées dans la vidéo de l’application sur l’action de l’École, qui aborde aussi la socialisation genrée et les choix d’orientation.
Pour aller plus loin
▶ La hausse des inégalités scolaires remet-elle en cause le rôle de l’école dans la mobilité sociale ? (Grand oral)
▶ La structuration de la société française 2/2 : les classes sociales
▶ 20/20 à l’EC3 de SES : le raisonnement sur dossier documentaireQuestions fréquentes
Quelle est la différence entre mobilité sociale et fluidité sociale ?
La mobilité sociale observée mesure les flux réels entre positions d’une génération à l’autre, y compris ceux dus à l’évolution de la structure des emplois. La fluidité sociale compare les chances relatives d’accéder à une position selon l’origine sociale, indépendamment de ces évolutions structurelles.
Qu’est-ce que la mobilité structurelle ?
La part de la mobilité sociale qui résulte de la transformation de la structure socioprofessionnelle entre deux générations : la disparition d’emplois agricoles et ouvriers et la création d’emplois de cadres et de professions intermédiaires ont obligé une partie des enfants à changer de position.
Qu’est-ce que le paradoxe d’Anderson ?
Le constat qu’un diplôme plus élevé que celui de ses parents ne garantit pas une position sociale plus élevée : quand les diplômes se multiplient plus vite que les emplois qualifiés, leur valeur relative baisse et le déclassement scolaire apparaît.
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