« Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? » Devant un sujet pareil, le 14 juin, il y a ceux qui commencent à écrire et ceux qui commencent à réfléchir. La dissertation de philosophie ne demande pas de réciter un cours mais de conduire une réflexion ordonnée à partir d’une question. C’est une méthode, et elle s’apprend. Voici les six étapes que détaille la vidéo d’Alyse, avec le temps à consacrer à chacune et les pièges à éviter.
Ce qu’il faut retenir
- La dissertation est le sujet 1 ou 2 de l’épreuve (4 heures, coefficient 8) : deux sujets de dissertation au choix, ou une explication de texte.
- Six étapes : analyser le sujet, problématiser, construire le plan, rédiger l’introduction, développer partie par partie, conclure et relire.
- Le temps : environ 1 heure au brouillon (analyse, problème, plan), 2 h 30 de rédaction, 15 à 20 minutes de relecture. Rédiger directement l’introduction au propre après le brouillon, jamais avant.
Étape 1 – Analyser le sujet : chaque mot compte
Un sujet de dissertation est une question, et chaque mot de la question a été choisi. Première tâche, au brouillon : définir les termes (les notions du programme, mais aussi les mots ordinaires qui font le sujet), repérer la forme de la question (« peut-on » interroge une possibilité ou un droit ; « faut-il » une nécessité ou un devoir ; « suffit-il » une condition) et débusquer les présupposés.
Prenons le sujet 2026 : « Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? ». « Être heureux » renvoie à la notion de bonheur (état durable de satisfaction, à distinguer du plaisir) ; « les autres » engage autrui et le lien social ; « peut-on » demande d’abord si c’est possible (de fait), puis si c’est acceptable (en droit). Le présupposé : le bonheur des autres aurait quelque chose à voir avec le mien. C’est déjà le début d’un plan. Les repères du programme (en fait/en droit, obligation/contrainte, universel/particulier) sont vos outils à cette étape.
Étape 2 – Problématiser : trouver la tension
Problématiser, c’est montrer que la question ne va pas de soi : deux réponses raisonnables s’opposent, et il faut trancher. On formule la problématique comme la tension entre ces deux réponses. Sur notre sujet : d’un côté, le bonheur semble une affaire personnelle (mon bonheur ne dépend pas de celui de mon voisin) ; de l’autre, l’homme est un être social et moral, et un bonheur indifférent au malheur d’autrui paraît soit impossible (la compassion, la pitié rousseauiste), soit indigne (l’égoïsme). Problématique : le bonheur peut-il se concevoir sans les autres, ou n’est-il qu’un bonheur partagé ?
Une problématique n’est pas une reformulation du sujet avec « dans quelle mesure ». C’est l’énoncé d’un problème. Test simple : si vous pouvez répondre « oui » ou « non » sans hésiter, ce n’est pas encore une problématique.
Étape 3 – Construire le plan : deux ou trois parties qui progressent
Le plan classique est dialectique : une première partie qui prend au sérieux la réponse la plus évidente, une deuxième qui en montre les limites, une troisième qui dépasse l’opposition. Ce n’est pas « oui / non / peut-être » : chaque partie doit avancer la réflexion, et la troisième apporte une distinction nouvelle. Sur notre exemple : I. On peut être heureux sans les autres (le bonheur comme état intérieur, l’ataraxie des stoïciens et d’Épicure) ; II. Mais un tel bonheur est illusoire ou amputé (la pitié, la sympathie, le bonheur comme participation) ; III. Le bonheur véritable implique de travailler à celui des autres sans en faire une condition (le devoir et la joie, Spinoza, Kant).
Chaque partie contient deux ou trois arguments, un par paragraphe, chacun appuyé sur un exemple précis ou un auteur. Le plan tient sur une demi-page de brouillon, avec, pour chaque paragraphe, l’idée, la référence, l’exemple. C’est ce brouillon-là qui fait gagner du temps ensuite. Le Kit’Bac Philosophie et l’application proposent, pour chaque notion, les auteurs et les exemples à mobiliser.
Étape 4 – Rédiger l’introduction : le contrat avec le correcteur
L’introduction se rédige après le plan, et elle compte énormément : c’est là que le correcteur voit si le sujet est compris. Quatre mouvements, en un seul paragraphe d’une quinzaine de lignes : une accroche (un exemple, une situation, une opinion courante, pas une citation plaquée), la définition des termes et l’explicitation du sujet, la problématique, et l’annonce du plan en une phrase par partie. On ne donne pas la réponse dans l’introduction.
Erreur fréquente : l’accroche historique vide (« De tout temps, les hommes ont cherché le bonheur »). Une bonne accroche pose déjà le problème : par exemple, la difficulté d’être heureux dans une famille où quelqu’un souffre.
Étape 5 – Développer : un paragraphe, une idée
Chaque paragraphe suit la même structure : l’idée (une phrase claire), l’argument qui la justifie, l’exemple ou la référence qui l’illustre (un auteur avec sa thèse, une œuvre, un fait), et une phrase qui relie au problème. Les auteurs ne sont pas des arguments d’autorité : on explique ce qu’ils disent et pourquoi cela éclaire la question. Entre les parties, une transition rappelle ce qui a été établi et pourquoi il faut aller plus loin.
Sur la forme : des phrases courtes, des connecteurs logiques (or, mais, donc, en effet), pas de « je pense que » à chaque ligne mais une réflexion assumée, et des exemples précis plutôt que généraux. Deux copies avec les mêmes idées se distinguent par la précision des exemples.
Étape 6 – Conclure, puis relire
La conclusion répond à la problématique en rappelant le chemin parcouru en deux ou trois phrases, puis prend position. L’ouverture n’est pas obligatoire : mieux vaut une conclusion nette qu’une question artificielle. Gardez ensuite 15 minutes pour relire : orthographe, accords, phrases inachevées, et surtout vérifier que chaque partie répond bien au sujet tel qu’il est posé et non à un sujet voisin.
La gestion du temps sur quatre heures est le vrai enjeu : les copies inachevées perdent des points sur ce qui n’a pas été écrit. Entraînez-vous en temps limité dès le deuxième trimestre, une dissertation par quinzaine, en chronométrant chaque étape.
Les sujets tombés au bac, pour s’entraîner
Les sujets de dissertation de la voie générale en métropole ces trois dernières années : en 2024, « La science peut-elle satisfaire notre besoin de vérité ? » et « L’État nous doit-il quelque chose ? » ; en 2025, « Notre avenir dépend-il de la technique ? » et « La vérité est-elle toujours convaincante ? » ; en 2026, « Avons-nous la maîtrise de nos paroles ? » et « Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ? ». On remarque que les sujets croisent presque toujours deux notions (science et vérité, technique et temps, langage et conscience, bonheur et autrui) : réviser une notion, c’est aussi préparer ses liens avec les autres. Nos fiches, une par notion, se terminent par les notions voisines pour cette raison, et la page du programme les rassemble.
Exercice efficace à faire régulièrement : prendre cinq sujets d’annales et, pour chacun, écrire en dix minutes la définition des termes, la problématique et un plan en trois lignes. Sans rédiger. C’est l’étape la plus décisive, et celle qui s’entraîne le plus vite.
Pour aller plus loin
L’explication de texte, l’introduction du commentaire, et une notion souvent croisée dans les sujets.
▶ L’essentiel pour réussir l’explication de texte philosophique
▶ Rédiger une bonne introduction de commentaire philosophique
▶ La Vérité – Notion au programme du bac de philosophieQuestions fréquentes
Combien de parties dans une dissertation de philosophie ?
Deux ou trois. Le plan dialectique en trois parties (thèse, antithèse, dépassement) est le plus courant, à condition que chaque partie fasse progresser la réflexion. Un plan en deux parties bien construit vaut mieux qu’une troisième partie artificielle.
Faut-il citer des philosophes ?
Oui, mais comme appuis d’une réflexion, pas comme argument d’autorité. Un ou deux auteurs par partie, dont on explique la thèse et son rapport au sujet, valent mieux qu’une liste de noms.
Combien de temps consacrer au brouillon ?
Environ une heure sur quatre : analyse du sujet, problématique et plan détaillé. Le reste est consacré à la rédaction (2 h 30) et à la relecture (15 à 20 minutes).
Peut-on donner son avis dans une dissertation ?
La dissertation attend une position argumentée, pas une opinion. On prend parti dans la conclusion, après avoir examiné sérieusement les réponses opposées.
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Pour aller plus loin en philosophie
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Méthodologie Philosophie (24 vidéos)Dissertation, explication de texte, problématisation : la méthode pas à pas pour l’épreuve.Découvrir la méthodoSujets cités : sessions 2024, 2025 et 2026 du baccalauréat général, métropole. Format de l’épreuve : note de service du 11 février 2020. Mis à jour le 10 septembre 2026.



