Un seul opérateur ferroviaire, trois ou quatre opérateurs mobiles, deux géants de l’aéronautique : la plupart des marchés que vous fréquentez ne ressemblent pas du tout au modèle de concurrence parfaite. Le deuxième chapitre de science économique de Première explique pourquoi certaines entreprises peuvent fixer leurs prix, comment elles s’entendent entre elles et comment les autorités de la concurrence tentent de protéger les consommateurs.
Ce qu’il faut retenir
- Le pouvoir de marché vient de trois sources : un nombre limité d’offreurs, des ententes et des barrières à l’entrée.
- Le monopole est faiseur de prix : il produit moins et vend plus cher qu’en concurrence, ce qui réduit le surplus total. Il peut être naturel, institutionnel ou d’innovation.
- En oligopole, les firmes ont intérêt à former une entente, mais le dilemme du prisonnier montre que chacune est tentée de tricher. La politique de la concurrence sanctionne ces ententes et les abus de position dominante.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Comment les marchés imparfaitement concurrentiels fonctionnent-ils ? » de la partie Science économique du programme officiel de SES de Première (code SES-1-SE-Q2). Retrouvez toutes nos vidéos sur la page SES du site.
I. D’où vient le pouvoir de marché ?
Dès qu’une des hypothèses de la concurrence parfaite n’est plus respectée, une entreprise peut influencer le prix : elle a un pouvoir de marché. Le programme retient trois sources. Le nombre limité d’offreurs, d’abord : quand vous n’avez le choix qu’entre trois fournisseurs, chacun pèse sur le prix. Les ententes, ensuite : des entreprises qui se mettent d’accord pour ne pas se faire concurrence. Les barrières à l’entrée, enfin : coûts fixes énormes, brevets, licences, réseau de distribution ou image de marque qui empêchent de nouveaux concurrents d’arriver.
Le cas extrême est le monopole, un seul offreur face à tous les demandeurs. Le programme distingue le monopole naturel (les coûts fixes sont si élevés qu’il serait absurde de construire deux réseaux ferroviaires ou deux réseaux d’eau), le monopole institutionnel (l’État réserve une activité à une entreprise, comme les jeux de hasard ou, autrefois, le tabac) et le monopole d’innovation (un brevet protège l’inventeur pendant vingt ans). Dans la vidéo, Perrine illustre chacun avec des marques que vous connaissez et explique pourquoi certains monopoles disparaissent d’eux-mêmes.
II. Le monopole, faiseur de prix… et inefficace
À la différence du producteur en concurrence, qui subit le prix, le monopoleur choisit la quantité qu’il met sur le marché, et donc le prix : il est faiseur de prix. Pour maximiser son profit, il produit moins que ce qu’un marché concurrentiel aurait produit et vend plus cher. Le résultat est un transfert de surplus des consommateurs vers le producteur, et surtout une perte sèche : des échanges qui auraient profité aux deux parties n’ont pas lieu. C’est en ce sens que l’équilibre du monopole n’est pas efficace.
Cette démonstration s’appuie sur un graphique ou sur un exemple chiffré que le programme vous demande de savoir manipuler. La vidéo le construit étape par étape, et l’application propose l’exercice en version quiz pour vérifier que vous distinguez bien recette marginale, coût marginal et prix.
III. Oligopole, ententes et dilemme du prisonnier
Entre le monopole et la concurrence se trouve l’oligopole : quelques grandes entreprises qui se surveillent mutuellement. Chacune sait que sa décision de prix dépend de celle des autres. Elles ont collectivement intérêt à s’entendre pour maintenir des prix élevés, mais chacune, individuellement, est tentée de baisser son prix pour prendre des parts de marché. C’est exactement la structure du dilemme du prisonnier, l’outil de théorie des jeux au programme : coopérer rapporte plus à tous, mais trahir rapporte plus à celui qui trahit seul, si bien que l’entente est instable.
Quand la concurrence porte sur autre chose que le prix, on parle de concurrence monopolistique : des produits différenciés (design, marque, services) donnent à chaque entreprise un petit pouvoir de marché sur sa niche. Perrine montre dans la vidéo comment lire une matrice de gains et pourquoi les cartels finissent souvent par éclater… ou par être dénoncés par l’un de leurs membres.
IV. La politique de la concurrence
Pour protéger le surplus du consommateur, les pouvoirs publics mènent une politique de la concurrence. En France, c’est l’Autorité de la concurrence ; dans l’Union européenne, la Commission. Trois leviers : le contrôle des fusions-acquisitions (en 2019, la Commission a refusé la fusion Alstom-Siemens dans le ferroviaire), la lutte contre les ententes illicites (le cartel des lessives ou celui des camions ont valu des amendes de plusieurs centaines de millions à plusieurs milliards d’euros) et la sanction des abus de position dominante, dont Google est devenu l’exemple de cours avec ses amendes record.
Le programme vous demande de comprendre en quoi cette politique augmente le surplus du consommateur : prix plus bas, plus de choix, plus d’innovation. Ses limites, notamment face aux géants du numérique, sont reprises en Terminale dans le chapitre sur les politiques européennes.
La suite du programme de SES de Première
Après le pouvoir de marché, le chapitre suivant s’intéresse aux autres cas où le marché échoue : externalités, biens communs, asymétries d’information.
▶ Comment un marché concurrentiel fonctionne-t-il ?
▶ Les conséquences du monopole sur le marché des tickets de concert (Grand oral)
▶ GAFAM vs UE : pourquoi les géants du numérique se prennent-ils des amendes XXL ? (Grand oral)Questions fréquentes
Quelle est la différence entre monopole et oligopole ?
Dans un monopole, un seul offreur fait face à l’ensemble des demandeurs et fixe son prix. Dans un oligopole, quelques grandes entreprises se partagent le marché ; chacune tient compte des réactions des autres, ce qui explique la tentation des ententes.
Pourquoi l’équilibre du monopole n’est-il pas efficace ?
Parce que le monopoleur produit moins et vend plus cher qu’un marché concurrentiel. Des échanges qui auraient profité aux consommateurs et aux producteurs n’ont pas lieu : la somme des surplus est inférieure à celle de l’équilibre concurrentiel (perte sèche).
À quoi sert le dilemme du prisonnier en SES ?
À montrer que des entreprises en oligopole ont collectivement intérêt à s’entendre sur des prix élevés, mais que chacune a individuellement intérêt à tricher. L’entente est donc instable, ce qui justifie la surveillance des autorités de la concurrence.
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