Beaucoup d’entre nous préfèrent se détendre plutôt que travailler. Et si le travail n’était pas toujours l’opposé du loisir ? Le travail est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, et l’une de celles qui tombent le plus souvent en dissertation. Voici le plan de la vidéo d’Alyse : les définitions et le problème de la notion, le travail qui déshumanise, le travail qui libère, et la valeur du travail aujourd’hui.
Ce qu’il faut retenir
- Le travail est une activité humaine qui transforme la nature et produit un résultat utile. Mais le terme couvre aussi bien le travail salarié que le bénévolat, le travail de l’artiste ou celui de l’accouchement : de cette amplitude naît le problème.
- Une longue tradition en fait une déshumanisation : torture (tripalium), esclavage (Antiquité), punition (Genèse), instrument de contrôle (Nietzsche), exploitation et aliénation (Marx, le travail à la chaîne).
- Une autre tradition en fait une libération : l’homme humanise le monde (Marx, l’architecte et l’abeille), échappe à l’ennui, au vice et au besoin (Voltaire), acquiert savoir et reconnaissance (Hegel), et se perfectionne (Rousseau, Nietzsche).
Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.
I. Définitions et problématique
On définit généralement le travail comme une activité humaine qui transforme la nature, c’est-à-dire le monde qui nous entoure, et qui produit un résultat utile. Le plus souvent, on y voit une occupation qui produit des biens et des services pour gagner sa vie : le « gagne-pain ». Mais la notion reste complexe, car le terme désigne aussi le travail bénévole, manuel, intellectuel, celui de l’artiste ou encore le travail de l’accouchement. Entre l’artiste inspiré et la femme qui accouche, il y a une sacrée différence.
De l’amplitude du champ que recouvre le mot naît le problème central : le travail déshumanise-t-il l’homme et le rend-il étranger à lui-même, ou au contraire le libère-t-il et révèle-t-il son humanité ? Et, puisqu’il est nécessaire et souvent pénible, comment s’en accommoder au mieux dans la société actuelle ?
II. Le travail déshumanise-t-il l’homme ?
Être objectivé, c’est être instrumentalisé : perdre sa dimension de sujet, ne plus s’appartenir. L’étymologie annonce la couleur : « travail » vient du latin tripalium, « trois pieux », un instrument qui servait à immobiliser les chevaux pour les ferrer, et par extension un instrument de torture. Dans l’Antiquité, à l’époque de Platon, le travail est déprécié et réservé aux esclaves ; il s’oppose au loisir (du latin licere, « être permis », et schola, le temps libre), seul à permettre la philosophie, la politique et la connaissance du monde.
La Bible n’est pas plus réjouissante : au chapitre 3 de la Genèse, après l’avoir chassé du Paradis, Dieu condamne Adam à cultiver une terre pleine de chardons et d’épines, « à la sueur de ton front ». L’idée du travail-sanction perdure au Moyen Âge, apanage des paysans, des serfs, des valets et des artisans, tandis que le commerce est jugé vulgaire et impie. Quand le travail est peu à peu revalorisé, le pouvoir voit dans la force ouvrière un contre-pouvoir possible, et s’impose la nécessité de l’encadrer et de le contrôler.
D’où la mise en garde de Nietzsche dans Aurore : « le travail est la meilleure des polices ». Les nations glorifient le travail parce qu’elles ont peur des individus : le travail pénible et impersonnel fatigue, abrutit et empêche de penser, donc de se révolter. Marx va plus loin : en visant le profit, le capitalisme exploite le travailleur, dépossédé du produit de son travail, qu’il vend à bas prix. Le travail à la chaîne, généralisé chez Ford à partir de 1913, en est l’illustration : supprimer tout geste inutile et toute intervention de la pensée par la répétition mécanique. Privé de sa faculté de penser, l’homme n’est plus le « roseau pensant » de Pascal : il est aliéné, étranger à lui-même, et perd sa dignité. La vidéo illustre le tout avec Les Temps modernes de Chaplin.
III. Le travail libère l’homme
Mais alors, pourquoi dit-on que « le travail, c’est la santé » ? Le travail est d’abord un moyen d’exprimer notre intelligence et de laisser notre empreinte sur le monde. Contrairement à l’araignée qui tisse sa toile mécaniquement et sans erreur, l’homme utilise un outil, guidé par son intelligence, pour accomplir un projet : c’est ce qui fait dire à Marx que le pire des architectes est meilleur que la plus vigoureuse des abeilles, parce qu’il a d’abord construit la ruche dans sa tête.
Sur l’homme lui-même, le travail agit comme un équilibre : selon Voltaire, il éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin. Choisi, il élève la conscience ; littéraire ou artistique, il donne la distance nécessaire face aux intentions des dirigeants : Guernica de Picasso révèle la volonté de terroriser les populations civiles, le Voyage au bout de la nuit de Céline (1932) dénonce la guerre au moment où on la glorifie.
Il est aussi source de savoir et de reconnaissance. Dans la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel, l’esclave, d’abord soumis par le travail, acquiert un savoir-faire, tandis que le maître, installé dans l’oisiveté, perd peu à peu sa puissance et devient dépendant de lui. La vidéo prolonge l’idée jusqu’au salariat, où « il n’y a qu’un bout de papier entre l’esclave et le salarié ». Enfin, le travail est la voie de l’excellence : pour Brel comme pour Nietzsche, le talent et le génie ne sont pas un don du ciel mais le fruit d’un travail intense et méticuleux, et cela vaut pour toutes les professions, manuelles ou scientifiques, pas seulement pour les artistes.
IV. La valeur du travail aujourd’hui
Comment faire, pour paraphraser un slogan de 1968, si « je ne veux pas perdre ma vie à la gagner » ? Au XXe siècle, le travail est si valorisé que la pire des tares est de le perdre. Avec la montée de l’individualisme et les crises économiques et climatiques, une part de la société cherche désormais à réussir sa vie plutôt qu’à réussir dans la vie : exercer le métier pour lequel on est fait, sa vocation, plutôt que celui que la société ou les parents attendent.
La vidéo donne plusieurs pistes pour associer plaisir et travail : le jeu (le comédien, le musicien, l’enseignant), la sublimation au sens de Freud (exprimer ses pulsions dans une œuvre ou un projet, comme Picasso dans La Femme qui pleure), sans fuir pour autant l’effort et la frustration, conditions de l’apprentissage et de la perfectibilité chère à Rousseau. Freud rappelle qu’aller bien, c’est pouvoir « aimer et travailler ». À l’inverse, la course au profit conduit à l’épuisement professionnel, et la transformation du monde par le travail et la technique nous confronte au réchauffement climatique.
Conclusion de la vidéo : œuvrer dans un métier qui nous plaît, ne pas s’identifier à sa fonction (la valeur d’une personne ne se réduit jamais à une fonction), et donner au travail une juste place, gage d’équilibre, sans oublier le « droit à la paresse » revendiqué par Paul Lafargue. La fiche complète de la notion, les repères et le quiz sont dans l’application.
Les notions voisines
Le travail dialogue avec la technique, la liberté (Hegel, Marx) et le bonheur (Freud, Voltaire).
▶ La Technique – Bac de Philosophie
▶ La Liberté – Notion au programme du bac de philosophie
▶ Le Bonheur – Notion au programme du bac de philosophieQuestions fréquentes
Quelle est l’étymologie du mot travail ?
Il vient du latin tripalium, « trois pieux », instrument qui servait à immobiliser les chevaux pour les ferrer et, par extension, instrument de torture. L’étymologie associe donc d’emblée travail et souffrance.
Que signifie l’aliénation chez Marx ?
Le travailleur devient étranger à lui-même : dépossédé du produit de son travail, réduit à des gestes répétitifs qui excluent la pensée, il perd ce qui fait son humanité. Le travail à la chaîne en est l’exemple type.
Que dit la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel ?
L’esclave, contraint de travailler, acquiert un savoir-faire et transforme le monde ; le maître, oisif, devient dépendant de lui. Le travail apparaît ainsi comme le chemin de la reconnaissance et de la liberté.
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