Philosophie Terminale

Le devoir en philosophie : contrainte ou condition de la liberté ? (bac de philo)

Impératif catégorique de Kant, responsabilité envers autrui de Levinas, vertus d’Aristote, désobéissance civile de Thoreau, surhomme de Nietzsche, liberté de Sartre, utilitarisme de Mill : la notion de devoir expliquée pour le bac de philosophie, avec la vidéo d’Alyse pour La Boîte à Bac.

Programme officiel
  1. notion 4 Le devoir
Par · · 8 min de lecture

On voit souvent le devoir comme une corvée, une contrainte qui limite la liberté. Et si c’était l’inverse ? Le devoir est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, au cœur de toute réflexion morale. Voici le plan de la vidéo d’Alyse : définition, problématique et enjeu, le devoir restreint la liberté, le devoir comme condition d’accès à la liberté, et comment concilier devoir, liberté et épanouissement.

▶ Le Devoir – La notion en philosophie — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Du latin debitum, dette, obligation. Le devoir est une obligation morale, juridique ou sociale : moral, il ordonne le Bien ; juridique, il ordonne le légal. En philosophie, une obligation morale fondée sur des principes éthiques universels.
  • Problématique : comment le devoir, perçu comme une restriction de la liberté individuelle, peut-il être en même temps un moyen d’accéder à une liberté plus profonde ?
  • Quatre éthiques à connaître : déontologique (Kant, l’impératif catégorique), des vertus (Aristote), conséquentialiste (Mill, Bentham), existentialiste (Sartre). Plus Levinas (la priorité de l’autre), Thoreau (la désobéissance civile) et Nietzsche (inventer ses valeurs).

Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.

I. Définition, problématique et enjeu

« Devoir » vient du latin debitum, « dette », « obligation », et du verbe debere, « être redevable de ». Au sens courant, le devoir désigne une obligation morale, juridique ou sociale à laquelle une personne est tenue de se conformer : moral, il implique de se conformer à ce qui est bien ; juridique, il ordonne ce qui est légal. Il engage des responsabilités envers soi-même, envers les autres et envers la société. En philosophie, il renvoie à une obligation morale fondée sur des principes éthiques universels, qui contribuerait à éloigner l’homme de son animalité, à l’élever et à le libérer.

D’où la problématique : comment le devoir, souvent perçu comme une restriction de la liberté individuelle, peut-il simultanément être considéré comme un moyen d’accéder à une liberté plus profonde ? L’enjeu : envisager le devoir comme une source d’épanouissement et d’autonomie, donnant accès à une liberté intérieure.

II. Le devoir restreint la liberté

Le devoir moral impose des contraintes universelles : agir selon des principes éthiques indépendamment de nos désirs et de nos intérêts, comme un GPS moral qui impose de renoncer aux tentations immédiates. C’est l’éthique déontologique de Kant : est morale une action accomplie par devoir, indépendamment de ses conséquences et de façon désintéressée. Même si elles exigent de sacrifier ses intérêts, ces contraintes préservent la dignité de la personne et l’autonomie de la volonté. L’impératif catégorique, règle inconditionnelle et universelle, se formule ainsi : « agis uniquement d’après une maxime que tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle ». Tenté de voler une pomme ? Demande-toi ce qui se passerait si tous ceux qui n’ont pas d’argent en faisaient autant. Il se distingue de l’impératif hypothétique, conditionnel, de la forme « si tu veux X, fais Y » : si tu veux réussir tes examens, étudie.

Les obligations morales entrent aussi en conflit avec nos préférences : face à un choix moral, il faut parfois mettre de côté ses désirs et faire des sacrifices. Emmanuel Levinas considère que la responsabilité éthique envers autrui restreint notre liberté : le visage de l’autre nous impose un devoir inconditionnel, qui transcende nos désirs égoïstes et nous engage à prendre soin d’autrui avant nous-mêmes. « Après vous » : cette formule de politesse serait, dit-il, la plus belle définition de notre civilisation.

III. Le devoir comme condition d’accès à la liberté

Pour d’autres, le devoir libère. En cultivant des qualités morales comme la justice, la tempérance et le courage, il contribue à notre épanouissement et fait grandir une liberté intérieure authentique, en nous permettant d’agir en accord avec nos valeurs. C’est l’éthique des vertus d’Aristote : l’exercice des vertus nous libère des passions déraisonnables et nous fait vivre en harmonie avec notre raison. La vidéo l’illustre avec les mousquetaires de Dumas, qui conquièrent leur liberté en cultivant courage, honneur et loyauté (et rappelle au passage pourquoi ils ne sont que trois).

Sur le plan juridique, le devoir peut même justifier de ne pas respecter une loi : c’est le devoir de désobéissance civile théorisé par Thoreau, dans la lignée de saint Augustin et avant Gandhi ou Martin Luther King. Refuser d’obéir à une loi inique (très injuste), pour respecter la priorité de sa conscience et contribuer à changer la loi, devient un devoir envers soi-même et un devoir civique. Thoreau fut lui-même emprisonné en 1846 pour avoir refusé de payer l’impôt à un État qu’il accusait de complicité avec l’esclavage. Le devoir est ainsi l’occasion d’affirmer son sentiment de justice et de s’extraire d’un déterminisme historique parfois injuste.

IV. Concilier devoir, liberté et épanouissement

Pour Nietzsche, la morale chrétienne et ses devoirs ont une origine impure : dans l’Antiquité, les maîtres étaient les bons et les dominés les mauvais ; le ressentiment des esclaves a inversé ces valeurs, faisant des forts les coupables et des opprimés les bons, et cette inversion s’est incarnée dans le christianisme. Deux bonnes nouvelles en découlent : ce système de valeurs est contextuel et aurait pu être différent ; et « Dieu est mort », ce qui rend possible l’avènement du surhomme, animé par la volonté de puissance et non par le ressentiment, capable de créer ses propres valeurs et ses propres devoirs.

Pour les existentialistes, le devoir n’est pas une contrainte extérieure mais l’expression d’une subjectivité libre : chez Sartre, liberté et responsabilité sont indissociables, et nous avons le devoir d’assumer notre liberté en faisant des choix dont nous répondons. Il n’y a pas une façon d’agir moralement conforme à une règle universelle, mais autant de façons qu’il y a de subjectivités libres ; à la question « que dois-je faire ? », Sartre répond : débrouille-toi. Enfin, l’éthique conséquentialiste de Mill et Bentham évalue les actions à leurs conséquences : est juste l’action qui optimise le bien-être du plus grand nombre. Conclusion de la vidéo : plutôt que de le voir comme une corvée, on a tout intérêt à envisager le devoir moral comme un moyen de développer une liberté profonde tout en contribuant au bien-être de tous. Le récapitulatif des quatre éthiques, la fiche de la notion et le quiz sont dans l’application.

Les notions voisines

Le devoir dialogue avec la liberté (Kant, Sartre), la justice (Thoreau) et le bonheur (Aristote, Mill).

Questions fréquentes

Quelle différence entre impératif catégorique et impératif hypothétique ?

L’impératif hypothétique est conditionnel (« si tu veux X, fais Y ») et dépend de nos buts. L’impératif catégorique commande inconditionnellement, indépendamment de nos désirs : agir de sorte que la maxime de son action puisse devenir une loi universelle.

Qu’est-ce que l’éthique déontologique ?

Une morale qui juge une action à son principe et non à ses résultats : est morale l’action accomplie par devoir, de façon désintéressée, quelles qu’en soient les conséquences. Kant en est le représentant majeur, par opposition au conséquentialisme de Mill et Bentham.

Pourquoi Nietzsche critique-t-il la morale du devoir ?

Parce qu’elle serait née du ressentiment des faibles contre les forts, puis figée par le christianisme. La mort de Dieu ouvre la voie au surhomme, qui n’obéit plus à des devoirs hérités mais crée ses propres valeurs.

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Alyse Gaultier

Alyse Gaultier est doctorante en philosophie, professeure particulière de philosophie et de français, écrivaine et comédienne. Philosophe de l’art de formation, elle a accompagné des milliers d’élèves, de la Première au doctorat, en cours collectifs et individuels, et a animé des cafés philo. Elle fait partie du département philosophie de La Boîte à Bac depuis 2021 : elle écrit et présente les vidéos des 17 notions du programme de Terminale et les stages de révision du bac. Sa pédagogie s’appuie sur le contact direct avec les textes et sur le programme officiel, avec l’ambition de rendre la philosophie accessible, concrète et utile pour diriger sa vie. Elle est aussi l’autrice de plusieurs livres, notamment aux éditions Flammarion (collection L’ABCdaire), et a participé à de nombreux projets de théâtre et de cinéma.

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