Philosophie Terminale

La religion en philosophie : ce qui relie et ce qui sépare (bac de philo)

Relier ou séparer ? Illusion selon Freud, lien social selon Comte et Durkheim, superstition selon Spinoza, foi contre raison chez Pascal, Descartes et Kant, laïcité : la notion de religion expliquée pour le bac de philosophie, avec la vidéo d’Alyse pour La Boîte à Bac.

Programme officiel
  1. notion 12 La religion
Par · · 8 min de lecture

Peu de domaines ont engendré autant de constructions et de destructions, de joie et de douleur. La religion est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, l’une de celles qui tombent le moins au bac, mais elle croise la raison, l’État et la croyance, très fréquents dans les sujets. Voici le plan de la vidéo d’Alyse : définition, problématique et enjeu, la religion crée du lien, la religion sépare, et pourquoi séparer la foi, la raison et le pouvoir est peut-être gage de paix.

▶ La Religion – Bac de Philosophie — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Deux étymologies latines : relegere, « relire », se recueillir, et religare, « relier ». D’où deux sens : la religion intérieure (le rapport direct de l’âme au divin, la foi en un être transcendant) et la religion extérieure (institution sociale, rites, cérémonies, règles de conduite).
  • La religion relie : à soi-même et à ses besoins d’amour et de protection (Freud, la religion comme illusion née du désir), aux autres (Comte, Durkheim), à une divinité. Mais le sacré (sacer, « séparé ») sépare : sacré et profane, tabous, superstition (Spinoza), fanatisme.
  • Foi, raison et pouvoir : le cœur au-dessus de l’esprit et le pari (Pascal), la preuve rationnelle de Dieu (Descartes), la séparation de la foi et de la connaissance (Kant), la laïcité (1789, 1905, 1958).

Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.

I. Définition, problématique et enjeu

La littérature latine a transmis plusieurs étymologies : relegere, « relire », se recueillir, prendre soin ; religare, « relier », créer du lien, entre les hommes ou, pour saint Augustin, « ce qui relie à Dieu et à lui seul ». La notion soulève donc la question du lien social et du lien intime. La religion est d’abord intérieure : le rapport direct et individuel de l’âme au divin, qui implique la foi en un être surnaturel, transcendant, infini. Elle est aussi extérieure : une institution sociale qui rend hommage à une divinité par des rites, des cérémonies et des prières, et dont les membres prêchent la parole divine et les règles de conduite.

Les cinq grandes religions (christianisme, islam, bouddhisme, judaïsme, hindouisme) ont chacune leurs croyances, leurs rites, leur morale, leurs lieux de culte, et conçoivent la divinité comme transcendante ou immanente. Face aux croyants, l’athée pense que Dieu n’existe pas, l’agnostique que nous sommes incapables de le savoir. D’où la problématique : comment faire cohabiter des croyances et des certitudes individuelles aux pratiques distinctes, voire opposées, sans risquer désaccords, conflits et guerres ? Et l’enjeu : vivre ensemble de façon pacifiée, dans le respect de nos individualités.

II. La religion relie

La religion relie d’abord l’homme à lui-même, grâce au retrait du recueillement et à la conversation intérieure avec le divin. Elle le relie à ses besoins fondamentaux d’amour et de protection : pour Freud, la religion est une illusion, non parce qu’elle serait fausse, mais parce qu’elle obéit à une logique de désir et non de vérité. La détresse de l’enfant vulnérable engendre le désir de protection du père, et ce désir est à l’origine de la croyance en un Père tout-puissant.

Elle relie ensuite les hommes entre eux : Auguste Comte voit dans l’étymologie la preuve de sa fonction sociale, « rallier les individualités » au sein d’une communauté fondée sur une croyance et des rites ; pour Durkheim, mythes et rites expriment la conscience qu’a un groupe d’être une réalité « débordant les individus de toute part ». Elle relie enfin les hommes à une divinité, d’abord conçue comme un panthéon à l’image du monde des hommes, puis comme une force de la nature, puis comme le Dieu transcendant des monothéismes. Mais ce qui est divin est aussi sacré, et sacer veut dire « séparé ».

III. La religion sépare

Le sacré divise l’espace, les êtres et le temps en deux réalités : le temple, domaine inviolable qui inspire crainte et respect, et le profane (pro fanum, « devant le temple »). Il s’appuie sur des tabous, interdits sacrés selon Freud, qui divisent l’espace social : on idéalise un roi, on méprise un pauvre. Excluants, les tabous garantissent néanmoins une forme d’ordre social. Il n’y a en revanche aucun avantage à confondre religion et superstition.

Pour Spinoza, plusieurs causes expliquent les guerres de religion : ballotté entre la crainte et l’espoir, l’homme devient superstitieux et voit des signes où il n’y en a pas ; le clergé, avec sa richesse et ses honneurs, induit une soumission aveugle du peuple, qui l’adule au lieu de chérir sa foi ; et l’ambition des « fonctionnaires des Églises » se sert de la foi pour accroître son pouvoir. Le fanatisme (de fanum, le temple) désigne celui qui, se croyant investi d’une mission divine, place l’idée au-dessus de la vie des autres et parfois de la sienne. Des guerres de religion et de la Saint-Barthélemy aux attentats de 2015, le fanatisme religieux est toujours politique : il instrumentalise la religion et les fidèles pour obtenir du pouvoir. La vidéo développe chacun de ces mécanismes.

IV. Foi, raison et pouvoir

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » : pour Pascal, il y a deux accès à la vérité, le cœur (intuition immédiate, sentiment) et la raison, qui ne fait que déduire et confirmer ce que le cœur lui communique. Le cœur, premier, est supérieur à l’esprit, et Pascal détestait les tentatives de justifier rationnellement l’existence de Dieu : d’où le pari, où il vaut mieux miser sur son existence. Son contemporain Descartes pense l’inverse et prouve rationnellement l’existence de Dieu : je ne pourrais avoir l’idée d’un être infini et parfait, moi qui suis fini et imparfait, si un tel être ne l’avait mise en moi.

Kant ne laisse pas passer : dans la Critique de la raison pure, il montre que connaître exige de faire l’expérience de l’objet par les sens et de l’organiser par l’entendement. Or on ne rencontre pas Dieu : on ne peut donc affirmer qu’il existe, mais on peut y croire. Il devient impératif de séparer la foi de la connaissance, un apport qui contribuera à ôter au roi son statut d’élu de Dieu. Autre grand pas : la laïcité, qui distingue les lois et les croyances (l’État n’exerce aucun pouvoir religieux, les Églises aucun pouvoir politique) et affirme la liberté de conscience de la personne, preuve, selon Spinoza, que la fin de l’État « n’est pas la domination, mais la liberté ». Quelques dates : 1789 (« nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses »), 1881-1882 (école publique, gratuite et laïque), 1905 (« la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »), 1958 (article 1er de la Constitution). Conclusion de la vidéo : si la raison a remis le divin à une place légitime, on peut s’interroger sur ses limites à cerner le besoin de sacré des hommes, comme le rappelle Einstein pour qui l’émotion mystique est « le germe de tout art et de toute science véritable ». La fiche de la notion et le quiz sont dans l’application.

Les notions voisines

La religion dialogue avec la raison (Pascal, Kant), l’État (laïcité, Spinoza) et la vérité (foi et connaissance).

Questions fréquentes

Pourquoi Freud dit-il que la religion est une illusion ?

Non parce qu’elle serait fausse, mais parce qu’elle naît d’un désir : celui de l’enfant en détresse d’être protégé par un père tout-puissant. Une illusion est une croyance dérivée d’un désir, indépendamment de sa vérité.

Qu’est-ce que le pari de Pascal ?

Un argument adressé à ceux qui ne peuvent croire par la raison : si Dieu existe et que je crois, je gagne tout ; s’il n’existe pas, je ne perds rien. Il est donc raisonnable de parier sur son existence, la foi relevant du cœur et non de la démonstration.

Que dit la loi de 1905 ?

La loi de séparation des Églises et de l’État garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes (article 1), et dispose que la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte (article 2). Elle fonde la laïcité française.

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Alyse Gaultier

Alyse Gaultier est doctorante en philosophie, professeure particulière de philosophie et de français, écrivaine et comédienne. Philosophe de l’art de formation, elle a accompagné des milliers d’élèves, de la Première au doctorat, en cours collectifs et individuels, et a animé des cafés philo. Elle fait partie du département philosophie de La Boîte à Bac depuis 2021 : elle écrit et présente les vidéos des 17 notions du programme de Terminale et les stages de révision du bac. Sa pédagogie s’appuie sur le contact direct avec les textes et sur le programme officiel, avec l’ambition de rendre la philosophie accessible, concrète et utile pour diriger sa vie. Elle est aussi l’autrice de plusieurs livres, notamment aux éditions Flammarion (collection L’ABCdaire), et a participé à de nombreux projets de théâtre et de cinéma.

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