Deux ouvriers : l’un se contente de faire ses heures, l’autre suit des cours du soir et devient chef d’équipe avec une augmentation. Une inégalité, oui. Une injustice ? Tout dépend de votre conception de la justice sociale, et c’est l’objet du chapitre de regards croisés « Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? ». Cette première fiche retrace l’évolution des inégalités depuis un siècle et présente les formes de l’égalité et les quatre conceptions de la justice au programme ; la seconde traite de l’action des pouvoirs publics.
Ce qu’il faut retenir
- Une inégalité est une différence qui crée une hiérarchie. Les inégalités sont multiformes (économiques, sociales) et cumulatives. Elles ont reculé de 1914 aux années 1970, puis sont reparties à la hausse depuis les années 1980.
- Trois formes d’égalité : égalité des droits, égalité des chances, égalité des situations.
- Quatre conceptions de la justice sociale : l’utilitarisme (maximiser le bien-être collectif), le libertarisme (la liberté et la propriété avant tout), l’égalitarisme libéral de Rawls (justice = équité, inégalités acceptables si l’égalité des chances est garantie) et l’égalitarisme strict (égalité réelle des situations).
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? » de la partie Regards croisés du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-RC-Q1). Attention : depuis la session 2025, il ne fait plus partie des questionnements évaluables à l’épreuve écrite de spécialité, mais il reste au programme enseigné et nourrit le Grand oral et les autres chapitres. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Qu’est-ce qu’une inégalité ?
Une inégalité est une différence qui procure un avantage ou un désavantage et instaure une hiérarchie entre les individus. Les inégalités économiques portent sur les ressources matérielles (salaires, revenus du capital, patrimoine) ; les inégalités sociales sur les ressources socialement valorisées (pouvoir, diplôme, accès aux soins, à la culture, aux loisirs, représentation politique). Elles sont multiformes et cumulatives : un enfant de milieu favorisé hérite d’un capital économique et culturel qui facilite sa réussite scolaire, donc ses revenus, donc son patrimoine ; à l’inverse, les ouvriers courent un risque de décès avant 65 ans bien plus élevé que les cadres. Les avantages s’additionnent d’un côté, les handicaps de l’autre.
II. L’évolution des inégalités économiques depuis un siècle
Les travaux de Thomas Piketty et du World Inequality Lab dessinent une courbe en U. De 1914 à la fin des années 1970, la part du revenu national captée par les plus riches a fortement diminué : les deux guerres mondiales et la crise de 1929 ont détruit une partie des patrimoines, l’inflation d’après-guerre a rogné les revenus du capital, la croissance des Trente Glorieuses a élevé le niveau de vie de tous, et des politiques publiques comme l’impôt progressif sur le revenu (1914 en France) et la Sécurité sociale ont mieux partagé les revenus.
Depuis le début des années 1980, la tendance s’est inversée dans la plupart des pays développés. Les politiques fiscales de Reagan et Thatcher ont abaissé l’imposition des plus hauts revenus (aux États-Unis, le taux supérieur de l’impôt sur le revenu est passé de 94 % en 1944 à moins de 40 % aujourd’hui) ; la France est passée de 10 tranches et un taux maximal de 65 % en 1983 à 5 tranches et 45 %. S’y ajoutent la mondialisation et le progrès technique (voir le chapitre sur la croissance), la dérégulation financière, qui a dopé les revenus du capital, et les crises récentes. Résultat, au niveau mondial, les 10 % les plus riches captent plus de la moitié des revenus. Dans la vidéo, Perrine commente les graphiques de référence, ceux que l’on retrouve dans les manuels.
III. Les trois formes de l’égalité
L’égalité des droits : tous les individus ont les mêmes droits et devoirs devant la loi, quelles que soient leur origine, leur religion ou leur position sociale. Proclamée en 1789, elle fut immédiatement contestée par Olympe de Gouges, qui rédigea en 1791 une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Elle reste imparfaite : aux États-Unis, les Afro-Américains représentent 12 % de la population mais près de 40 % des détenus.
L’égalité des chances : la position sociale ne doit pas dépendre de l’origine sociale, du sexe ou de l’origine ethnique. Chacun doit avoir les mêmes opportunités d’accéder aux études, aux emplois, aux logements, sans discrimination. L’égalité des situations, enfin : une répartition uniforme des ressources, autrement dit une société sans inégalités économiques et sociales, ou avec des inégalités très faibles, obtenue par une redistribution massive.
IV. Les quatre conceptions de la justice sociale
La justice sociale est le principe d’égalité auquel doit obéir la répartition des ressources dans une société. Pour les utilitaristes (Bentham, Mill), une société juste maximise la satisfaction totale de ses membres : des inégalités sont acceptables si elles accroissent le bien-être collectif. Pour les libertariens (Hayek, Nozick), une société juste est une société libre, où chacun dispose de ses biens et des fruits de son travail : l’égalité des droits suffit, toute redistribution par l’État est illégitime et les inégalités issues d’échanges libres sont justes.
John Rawls défend l’égalitarisme libéral : la justice, c’est l’équité. Les inégalités sont acceptables à condition que l’égalité des chances soit garantie dans l’accès aux études et aux emplois, et qu’elles profitent aux plus défavorisés. Enfin, l’égalitarisme strict, proche de l’idéal marxiste, associe justice et égalité réelle des situations, quitte à restreindre les libertés individuelles.
| Conception | Une société juste est… | Forme d’égalité privilégiée |
|---|---|---|
| Utilitarisme | une société qui maximise le bien-être collectif | aucune en particulier |
| Libertarisme | une société libre | égalité des droits |
| Égalitarisme libéral (Rawls) | une société équitable | égalité des chances |
| Égalitarisme strict | une société sans inégalités | égalité des situations |
La vidéo revient sur chaque auteur avec des exemples concrets, et l’application propose un quiz pour ne plus confondre libertarisme et égalitarisme libéral, l’erreur la plus fréquente sur ce chapitre.
La suite du chapitre
La seconde vidéo passe en revue les outils des pouvoirs publics (fiscalité, protection sociale, services collectifs, lutte contre les discriminations) et leurs limites.
▶ Justice sociale 2/2 : l’action des pouvoirs publics
▶ La structuration de la société française 2/2
▶ Méthode AEI en SESQuestions fréquentes
Quelle est la différence entre égalité des chances et égalité des situations ?
L’égalité des chances suppose que chacun ait les mêmes opportunités d’accéder aux positions sociales, quelle que soit son origine ; les inégalités de résultats restent acceptables si la compétition est équitable. L’égalité des situations vise une répartition égale des ressources elles-mêmes, donc l’absence d’inégalités de revenus et de conditions de vie.
Que dit John Rawls sur la justice sociale ?
Dans sa théorie de la justice comme équité (égalitarisme libéral), les libertés fondamentales doivent être garanties à tous, l’égalité des chances doit être réelle, et les inégalités ne sont acceptables que si elles améliorent la situation des plus défavorisés.
Pourquoi les inégalités ont-elles augmenté depuis les années 1980 ?
Sous l’effet combiné de politiques fiscales moins progressives, de la mondialisation et du progrès technique qui favorisent les plus qualifiés, de la dérégulation financière qui a accru les revenus du capital, et des crises récentes.
Nos produits
Pour aller plus loin en SES
Kit’Bac de SES350 cartes et plus de 700 questions sur tout le programme de Première et de Terminale, des flashcards à trois niveaux, des défis et des jeux pour réviser seul ou à plusieurs.Voir le Kit’Bac SES


