« Le travail, c’est la santé » : les proverbes en font l’éloge, mais tous les emplois ne se valent pas, et le travail à la chaîne d’hier comme le travail à la tâche des plateformes d’aujourd’hui posent la question de sa qualité. Le chapitre « Quelles mutations du travail et de l’emploi ? » aborde la dimension sociale du travail : comment mesurer la qualité d’un emploi, comment l’organisation du travail a évolué, ce que change le numérique et pourquoi le travail reste central dans l’intégration sociale. L’essentiel, et ce que la vidéo de Perrine ajoute.
Ce qu’il faut retenir
- La qualité des emplois se mesure par six descripteurs : conditions de travail, niveau de salaire, sécurité économique, horizon de carrière, potentiel de formation, variété des tâches.
- L’organisation du travail est passée du modèle taylorien (division horizontale et verticale, travail à la chaîne fordiste) aux formes post-tayloriennes (flux tendu, polyvalence, management participatif), qui coexistent aujourd’hui.
- Le numérique polarise les emplois, brouille les frontières entre vie privée et professionnelle et transforme les relations d’emploi (économie des plateformes). Le travail reste une source majeure d’intégration sociale, fragilisée par la précarité et le chômage de masse.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Quelles mutations du travail et de l’emploi ? » de la partie Sociologie et science politique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SSP-Q4), évaluable à l’épreuve écrite. Les notions et savoir-faire communs avec le chapitre sur le chômage (activité, emploi, sous-emploi, indicateurs) font l’objet d’une vidéo dédiée sur l’application. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Les principaux descripteurs de la qualité des emplois
La qualité d’un emploi renvoie à la satisfaction qu’il procure. Le programme retient six critères, dont vous devez pouvoir présenter et illustrer au moins deux dans une EC1. Les conditions de travail : durée et horaires, contraintes physiques, autonomie face à la hiérarchie, ambiance et dialogue social. Le niveau de salaire, qui dépend de l’ancienneté, du diplôme, du secteur, de la taille de l’entreprise, de la région… et encore trop souvent du sexe. La sécurité économique : stabilité de l’emploi, régularité des revenus, droits sociaux ouverts par le statut. L’horizon de carrière : possibilités de promotion et d’évolution. Le potentiel de formation : la possibilité de se former pour se réorienter ou garder son emploi. La variété des tâches, enfin, qui pèse sur la motivation et la productivité.
Ces critères permettent de comparer les emplois, mais aussi les pays : les pays nordiques arrivent en tête des classements européens, la France dans le milieu du tableau. Dans la vidéo, Perrine illustre chaque descripteur par une expérience vécue, du job étudiant à la mise sous enveloppe au poste de professeure.
II. L’évolution des formes d’organisation du travail
Tout part d’Adam Smith et de sa manufacture d’épingles (1776) : la division du travail et la spécialisation des ouvriers font exploser la productivité. Au début du XXe siècle, Frederick Taylor en tire l’organisation scientifique du travail : une division horizontale (chaque ouvrier répète une tâche) et une division verticale (les ingénieurs conçoivent, les ouvriers exécutent), avec un salaire à la pièce. Henry Ford ajoute le travail à la chaîne, dont le rythme est imposé par la machine, compensé par un salaire élevé, les fameux « cinq dollars par jour » de 1914. Ce fordisme permet la production de masse.
Dans les années 1970, le modèle entre en crise : absentéisme, démissions, grèves, dans un contexte où les gains de pouvoir d’achat ne compensent plus la pénibilité. Apparaissent les organisations post-tayloriennes : le toyotisme et sa production en flux tendu (« juste à temps »), la recomposition des tâches, la flexibilité fonctionnelle (polyvalence), l’automatisation des tâches pénibles et le management participatif. Attention à ne pas les opposer trop vite : taylorisme et post-taylorisme coexistent selon les secteurs, et les nouvelles formes ont aussi leurs contraintes, que la vidéo détaille.
III. L’impact du numérique
Le numérique, la robotique et l’intelligence artificielle modifient le travail de trois façons au programme. D’abord la polarisation des emplois : les tâches routinières de qualification moyenne sont automatisées, tandis que les emplois très qualifiés et les emplois peu qualifiés de service à la personne, difficiles à automatiser, se maintiennent ou se développent ; selon l’OCDE, l’automatisation ne menace directement qu’environ 10 % des emplois des pays développés, mais elle creuse les écarts.
Ensuite, le brouillage des frontières entre vie professionnelle et vie privée : joignable partout et tout le temps, le salarié voit sa charge mentale augmenter, et le télétravail généralisé depuis les confinements a des effets ambivalents sur la qualité de vie. Enfin, la transformation des relations d’emploi avec l’économie des plateformes : les chauffeurs et livreurs, sous statut de micro-entrepreneur, cumulent les inconvénients du salariat (subordination de fait) et de l’indépendance (revenus irréguliers, faible protection sociale). C’est ce que l’on appelle le salariat déguisé, dont Perrine discute les enjeux juridiques récents dans la vidéo.
Cette vidéo a été réalisée en partenariat avec Hatier : Perrine y présente le Bescherelle de SES, qui rassemble définitions, fiches auteurs et résumés de tous les chapitres, avec un rappel utile des chapitres de Première là où la Terminale en a besoin.
IV. Travail et intégration sociale
Demandez à une personne au chômage ou à la retraite ce qui lui manque le plus : rarement le revenu seul, presque toujours les liens. Le travail est une source majeure d’intégration sociale parce qu’il procure un revenu, un statut et une identité sociale (« et toi, tu fais quoi dans la vie ? »), des droits sociaux et des liens de sociabilité. Historiquement, il a aussi permis aux jeunes de s’émanciper de leurs parents et aux femmes de leur mari : jusqu’en 1965, une femme mariée ne pouvait pas travailler sans l’autorisation de celui-ci.
Ce rôle intégrateur est aujourd’hui fragilisé par la précarisation (CDD, temps partiel subi, faux indépendants), qui empêche de se projeter, par la polarisation des emplois et par le chômage de masse, dont Robert Castel a décrit les effets cumulatifs sous le nom de désaffiliation : perte de revenus, de contacts et de sentiment d’utilité. Les grandes évolutions de l’emploi qui expliquent cette précarisation sont développées dans la vidéo de l’application, et le chapitre suivant, sur le chômage, en tire les conséquences en matière de politiques publiques.
Pour aller plus loin
▶ Comment lutter contre le chômage ?
▶ L’IA va-t-elle piquer ton job ou booster ta carrière ? (Grand oral)
▶ 20/20 à la mobilisation de connaissances (EC1)Questions fréquentes
Quels sont les six descripteurs de la qualité des emplois ?
Les conditions de travail, le niveau de salaire, la sécurité économique, l’horizon de carrière, le potentiel de formation et la variété des tâches. À l’épreuve, il est généralement demandé d’en présenter et d’en illustrer deux.
Quelle est la différence entre taylorisme et post-taylorisme ?
Le taylorisme repose sur une double division du travail, horizontale (spécialisation des tâches) et verticale (séparation entre conception et exécution), complétée par le travail à la chaîne fordiste. Les organisations post-tayloriennes (toyotisme, management participatif) misent sur la polyvalence, le flux tendu, la recomposition des tâches et l’implication des salariés.
Pourquoi dit-on que le travail est source d’intégration sociale ?
Parce qu’il procure un revenu, un statut et une identité sociale, des droits sociaux et des liens de sociabilité. La précarisation des emplois et le chômage de masse affaiblissent ce rôle et peuvent conduire à la désaffiliation.
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