Le projet politique le plus ambitieux de l’après-guerre est aussi l’un des plus discutés : à quoi sert l’Union européenne, et pourquoi ses politiques économiques sont-elles si difficiles à coordonner ? Le chapitre « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » retrace les étapes de l’intégration, détaille la politique de la concurrence et explique le casse-tête des politiques conjoncturelles en zone euro. L’essentiel, et ce que la vidéo de Perrine et l’application ajoutent.
Ce qu’il faut retenir
- L’intégration européenne s’est construite par étapes : zone de libre-échange, union douanière, marché commun (Acte unique, 1986), union économique puis union économique et monétaire (Maastricht, 1992 ; euro en 1999-2002).
- La politique de la concurrence, compétence exclusive de la Commission, contrôle les fusions-acquisitions, sanctionne les ententes et les abus de position dominante et surveille les aides d’État ; elle est critiquée pour freiner l’émergence de champions européens.
- La politique monétaire est confiée à la BCE, indépendante, alors que la politique budgétaire reste nationale, encadrée par le Pacte de stabilité : coordonner le policy mix à 27 est difficile, surtout face à des chocs asymétriques.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Quelles politiques économiques dans le cadre européen ? » de la partie Science économique du programme officiel de SES de Terminale (code SES-T-SE-Q5), évaluable à l’épreuve écrite. La partie sur les politiques conjoncturelles fait l’objet d’une seconde vidéo, disponible en exclusivité sur l’application. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Les grandes étapes de l’intégration européenne
Tout commence en 1950 avec l’idée de Jean Monnet et Robert Schuman : rendre les pays européens si dépendants les uns des autres qu’une nouvelle guerre devienne impossible. Le traité de Paris (1951) crée la CECA entre six pays ; le traité de Rome (1957) fonde la CEE et un marché commun ; l’Acte unique (1986) prévoit la libre circulation des marchandises, des services, des personnes et des capitaux ; le traité de Maastricht (1992) transforme la CEE en Union européenne et prépare la monnaie unique, sous condition de critères de convergence : déficit public inférieur à 3 % du PIB, dette inférieure à 60 %, inflation et taux de change maîtrisés, critères repris dans le Pacte de stabilité et de croissance de 1997.
L’euro naît en 1999 et circule depuis 2002 ; la BCE, banque centrale supranationale et indépendante, en pilote la politique monétaire. Après les élargissements successifs (dix pays en 2004) et le Brexit en 2020, l’Union compte 27 États membres, et la zone euro 21 depuis l’adoption de l’euro par la Bulgarie au 1er janvier 2026.
| Étape | Ce qu’elle ajoute |
|---|---|
| Zone de libre-échange | Libre circulation des marchandises |
| Union douanière | + tarif extérieur commun face aux pays tiers |
| Marché commun | + libre circulation des personnes, des services et des capitaux |
| Union économique | + politiques communes |
| Union économique et monétaire | + monnaie unique |
Le programme attend surtout que vous sachiez expliquer les effets du marché unique sur la croissance : économies d’échelle grâce à la taille du marché, stimulation de la concurrence et donc de l’innovation, baisse des prix par la suppression des droits de douane. Perrine raconte ces étapes dans la vidéo, sans vous demander de retenir toutes les dates.
II. La politique de la concurrence
Pour qu’un marché de plus de 450 millions de consommateurs fonctionne, il faut y garantir une concurrence « libre, loyale et non faussée ». La Commission européenne en a la compétence exclusive, relayée par les autorités nationales (en France, l’Autorité de la concurrence). Elle agit de deux façons : de manière préventive, en contrôlant les fusions-acquisitions (refus de la fusion Alstom-Siemens en 2019), et de manière répressive, en sanctionnant les ententes illégales (cartel des camions, 2,9 milliards d’euros d’amende en 2016, avec une politique de clémence qui exonère le membre qui dénonce le cartel) et les abus de position dominante, Google en tête avec des amendes de plusieurs milliards.
Elle surveille aussi les États, qui n’ont pas le droit de fausser la concurrence par des aides ou par un dumping fiscal : dans l’affaire des avantages accordés par l’Irlande à Apple, la Cour de justice de l’Union a finalement donné raison à la Commission en 2024. Les critiques sont connues : à vouloir empêcher les concentrations, l’Union se priverait de géants capables de rivaliser avec les groupes chinois ou américains, eux largement subventionnés ; et elle peine face aux GAFAM, dont le modèle repose sur la position dominante, malgré le règlement sur les marchés numériques (DMA) entré en application en 2024.
III. Les politiques conjoncturelles : un policy mix impossible ?
Une politique conjoncturelle vise à réagir aux fluctuations de l’activité en combinant la politique monétaire (taux d’intérêt, menée par la banque centrale) et la politique budgétaire (dépenses publiques et impôts, menée par les gouvernements) : c’est le policy mix. En cas de ralentissement, on baisse les taux et on augmente les dépenses ; en cas d’inflation, on relève les taux et on serre le budget.
Le problème européen tient en une phrase : la politique monétaire est unique et confiée à la BCE, dont le seul objectif est la stabilité des prix, alors que la politique budgétaire reste nationale et contrainte par le Pacte de stabilité. La BCE doit fixer un taux valable pour vingt et une économies très différentes, et les États ne peuvent ni compter sur elle pour financer leurs déficits ni relancer librement. Après 2008 et la crise des dettes souveraines, l’austérité budgétaire imposée aux États a contredit la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE (assouplissement quantitatif), et la zone euro a frôlé la déflation.
Le programme parle de zone monétaire optimale : une zone capable d’absorber des chocs asymétriques, qui ne touchent que certains pays. L’Union en est loin, faute de budget commun significatif, même si la suspension du Pacte pendant la pandémie a montré une certaine souplesse. Sur l’application, la seconde vidéo du chapitre détaille ces mécanismes et les pistes de réforme, avec la fiche « politique monétaire / politique budgétaire » à connaître pour l’écrit.
Pour aller plus loin
▶ GAFAM vs UE : pourquoi les géants du numérique se prennent-ils des amendes XXL ? (Grand oral)
▶ Fondements du commerce international 2/2
▶ Comment expliquer les crises financières et réguler le système financier ?Questions fréquentes
Quelles sont les étapes de l’intégration économique européenne ?
Zone de libre-échange (libre circulation des marchandises), union douanière (tarif extérieur commun), marché commun (libre circulation des personnes, services et capitaux), union économique (politiques communes) et union économique et monétaire (monnaie unique).
Que fait la politique européenne de la concurrence ?
Elle contrôle les fusions-acquisitions, sanctionne les ententes illicites et les abus de position dominante, et surveille les aides d’État afin de garantir une concurrence libre et non faussée sur le marché unique, au bénéfice des consommateurs.
Pourquoi les politiques conjoncturelles sont-elles difficiles à coordonner dans la zone euro ?
Parce que la politique monétaire est unique et confiée à la BCE indépendante, alors que les politiques budgétaires restent nationales et encadrées par le Pacte de stabilité. Les États ne peuvent pas ajuster librement le policy mix à leur situation, notamment face à un choc asymétrique.
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