Maladie, accident, chômage, vieillesse : ces événements peuvent arriver à tout le monde, et personne ne peut y faire face seul. Le chapitre de regards croisés « Comment l’assurance et la protection sociale contribuent-elles à la gestion des risques dans les sociétés développées ? » explique comment nos sociétés ont choisi de les prendre en charge collectivement, et à quel prix. Voici l’essentiel, et ce que la vidéo de Perrine sur l’application ajoute.
Ce qu’il faut retenir
- Un risque social est un événement qui détériore les conditions de vie d’un individu (hausse des dépenses ou baisse des revenus) et que la collectivité décide de prendre en charge. C’est une construction sociale, qui évolue.
- La gestion collective des risques repose sur la mutualisation, la prévention et la diversification ; elle expose à l’aléa moral, mais permet la prise de risque des entrepreneurs et des lanceurs d’alerte.
- La protection sociale combine une logique d’assurance (Bismarck : cotisations, redistribution horizontale) et une logique d’assistance (Beveridge : impôts, redistribution verticale). Le système français mêle les deux.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Comment l’assurance et la protection sociale contribuent-elles à la gestion des risques dans les sociétés développées ? » de la partie Regards croisés du programme officiel de SES de Première (code SES-1-RC-Q1). Ce chapitre n’a pas encore sa vidéo de cours sur YouTube : la vidéo de Grand oral ci-dessous en prolonge la réflexion et le cours complet est sur l’application. Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Quels sont les risques économiques et sociaux ?
Le risque est la probabilité qu’un événement provoque une perte ou un dommage. Le risque économique concerne les pertes financières liées à un investissement ; le chapitre se concentre sur le risque social : la probabilité d’un événement qui dégrade les conditions de vie, par une hausse des dépenses (maladie, naissance) ou une baisse des revenus (chômage, vieillesse, accident du travail).
Comme la déviance, le risque social est une construction sociale qui varie dans le temps et l’espace. Depuis la Seconde Guerre mondiale, nos sociétés considèrent que la maladie, les accidents, la perte d’emploi et la vieillesse justifient une prise en charge collective. Le coût du vieillissement de la population et la pandémie ont rappelé que cette liste n’est pas figée : la dépendance des personnes âgées est aujourd’hui discutée comme un possible « cinquième risque ».
II. Le rapport aux risques varie selon les individus
La perception du risque n’est pas la même pour tous. Le programme retient d’abord l’aversion au risque : la plupart des individus préfèrent un gain modeste mais sûr à un gain plus élevé mais incertain, comme l’ont montré les travaux de Daniel Kahneman. C’est l’une des raisons pour lesquelles les entrepreneurs sont rares.
La sociologie ajoute que la prise de risque dépend de variables sociales : les hommes prennent davantage de risques que les femmes (effet de la socialisation genrée vue au chapitre précédent), les jeunes davantage que les personnes âgées, et le milieu social joue aussi. Dans la vidéo, Perrine illustre ces différences avec des exemples du quotidien, de la piste de ski à l’éducation à la sexualité.
III. Qu’est-ce que la gestion collective des risques ?
Autrefois, la gestion des risques était une affaire familiale : les grands-parents gardaient les enfants, la famille s’occupait des anciens. Cette solidarité intergénérationnelle existe toujours, mais depuis les années 1950 les risques sociaux sont surtout pris en charge par l’État-providence (en France, la Sécurité sociale oblige tous les travailleurs à cotiser) ou par des assurances privées (aux États-Unis, chacun couvre les risques qu’il choisit contre une prime).
Les deux systèmes reposent sur le partage des risques, ou mutualisation : tout le monde n’est pas malade en même temps, les bien-portants paient donc pour les malades, les jeunes pour les vieux. S’y ajoutent la prévention (adapter son comportement pour réduire la probabilité du risque) et la diversification (ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier).
Avantages et limites
Limite principale, déjà vue dans le chapitre sur les défaillances du marché : l’aléa moral, quand un individu assuré se comporte de façon plus risquée. Mais les avantages l’emportent : le partage des risques rend possibles les innovations des entrepreneurs, le courage des lanceurs d’alerte (LuxLeaks, révélations sur la surveillance de masse) et la paix sociale garantie par les contrats, du bail de location à l’assurance automobile.
IV. Comment la protection sociale couvre-t-elle les risques ?
La protection sociale est la couverture des risques sociaux fondée sur la solidarité collective. Le programme distingue deux logiques historiques. Avec Bismarck, dans l’Allemagne des années 1880, naît la logique d’assurance : seuls ceux qui cotisent sont couverts, dans une redistribution horizontale entre ceux qui subissent un risque et ceux qui y échappent. Avec le rapport Beveridge de 1942 au Royaume-Uni s’impose la logique d’assistance, fondée sur les « trois U » (universalité, unité, uniformité) et financée par l’impôt, dans une redistribution verticale des plus aisés vers les plus modestes.
Le système français combine les deux : des cotisations sociales et la CSG financent la Sécurité sociale, tandis que des prestations comme le RSA relèvent de la solidarité. Chiffre à retenir contre les idées reçues : dans le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2025, ce ne sont pas le chômage mais la vieillesse (près de 294 milliards d’euros) et la maladie (près de 254 milliards) qui représentent plus de 80 % des dépenses. Sur l’application, Perrine détaille le financement de chaque branche et les débats actuels sur la réforme du système.
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▶ SCOP, cogestion, gouvernance partagée : organiser l’entreprise autrement ? (Grand oral)Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un risque social ?
Un événement susceptible d’arriver à tout individu et qui dégrade ses conditions de vie, soit par des dépenses supplémentaires (maladie, maternité), soit par une perte de revenus (chômage, vieillesse, invalidité), et que la société décide de prendre en charge collectivement.
Quelle est la différence entre logique d’assurance et logique d’assistance ?
La logique d’assurance (Bismarck) réserve les prestations à ceux qui ont cotisé, proportionnellement à leurs cotisations : c’est une redistribution horizontale. La logique d’assistance (Beveridge) accorde des prestations financées par l’impôt à tous ceux qui en ont besoin : c’est une redistribution verticale.
Qu’est-ce que la mutualisation des risques ?
Le partage collectif des risques : chacun verse une cotisation ou une prime, et l’ensemble ainsi constitué indemnise ceux qui subissent effectivement le risque. Comme tout le monde n’est pas touché en même temps, le coût individuel reste supportable.
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