Les 40 000 spectateurs d’un concert ne forment pas un groupe social ; les fans qui échangent des bracelets et défendent leur idole sur les réseaux, si. Le deuxième chapitre de sociologie de Première explique ce qui relie les individus entre eux, comment ces liens ont évolué avec l’individualisation et le numérique, et ce qui peut les rompre. L’essentiel du cours, et ce que la vidéo de Perrine apporte en plus.
Ce qu’il faut retenir
- Un groupe social suppose des liens durables, des normes ou des valeurs partagées et un sentiment d’appartenance. Les PCS de l’Insee ne sont pas des groupes sociaux mais des catégories statistiques, construites sans utiliser le revenu ni le diplôme.
- Selon Serge Paugam, quatre types de liens apportent protection et reconnaissance : filiation, participation élective, participation organique, citoyenneté. Pour Durkheim, l’individualisation fait passer de la solidarité mécanique à la solidarité organique.
- Les sociabilités numériques renforcent plutôt les liens existants, mais la fracture numérique, la précarité, l’isolement et les discriminations peuvent mener à la désaffiliation et à la disqualification sociale.
Dans le programme : ce chapitre correspond au questionnement « Comment se construisent et évoluent les liens sociaux ? » de la partie Sociologie et science politique du programme officiel de SES de Première (code SES-1-SSP-Q2). Toutes nos vidéos sont sur la page SES du site.
I. Quels liens relient les individus ? Groupes sociaux et typologie de Paugam
Le lien social désigne l’ensemble des relations entre les individus. Il rattache chacun à des groupes sociaux, à ne pas confondre avec un simple rassemblement : pour parler de groupe social, il faut des liens durables, des activités ou des valeurs communes et, surtout, un sentiment d’appartenance. Les parents qui accompagnent leurs enfants à un concert ne forment pas un groupe social avec les fans ; la communauté des fans, elle, en est un.
Le sociologue Serge Paugam classe les liens selon deux dimensions : la protection (sur qui je peux compter) et la reconnaissance (pour qui je compte).
| Type de lien | Forme de protection | Forme de reconnaissance |
|---|---|---|
| Filiation (famille) | Rapprochée : solidarité intergénérationnelle | Affective |
| Participation élective (amis, couple) | Rapprochée : soutien, complicité | Affective |
| Participation organique (école, travail) | Stabilité de l’emploi, protection sociale | Sentiment d’utilité |
| Citoyenneté (nation) | Égalité des droits, protection juridique | Souveraineté de l’individu |
Dans la vidéo, Perrine propose un exercice simple : dessiner la carte de vos propres liens pour constater que vous appartenez à plusieurs groupes et que tous les liens n’ont pas la même intensité.
II. Comment sont construites les PCS ?
Les professions et catégories socioprofessionnelles de l’Insee comptent six groupes d’actifs : agriculteurs exploitants ; artisans, commerçants et chefs d’entreprise ; cadres et professions intellectuelles supérieures ; professions intermédiaires ; employés ; ouvriers. Le programme vous demande de connaître les critères de construction : la profession, le statut (indépendant ou salarié), la position hiérarchique, la qualification, l’activité et la taille de l’entreprise, la nature publique ou privée de l’employeur.
Point à noter en rouge : ni le revenu ni le diplôme ne servent à classer les individus dans une PCS. Et une PCS n’est pas un groupe social : tous les employés ne partagent pas des valeurs et un sentiment d’appartenance communs. C’est un outil statistique, dont la pertinence pour décrire la société est discutée en Terminale, dans le chapitre sur la structure sociale.
III. Individualisation, solidarité et sociabilités numériques
L’individualisation est le processus historique par lequel l’individu s’autonomise par rapport aux groupes (Église, famille, village) qui régissaient autrefois sa vie. À ne pas confondre avec l’individualisme. Pour Émile Durkheim, ce processus fait passer les sociétés d’une solidarité mécanique, fondée sur la ressemblance et une forte conscience collective, à une solidarité organique, fondée sur la différenciation et la complémentarité des individus, comme les organes d’un corps.
Les sociabilités numériques affaiblissent-elles les liens ? Les enquêtes montrent plutôt l’inverse : on communique en ligne surtout avec des personnes que l’on connaît « en vrai », les réseaux permettent de garder le contact à distance, d’entretenir des liens faibles utiles (stage, emploi) et parfois de créer des communautés qui se rencontrent ensuite physiquement. Les plus actifs en ligne sont aussi les plus intégrés hors ligne. Revers de la médaille : la fracture numérique, qui exclut ceux qui n’ont pas accès aux outils ou ne les maîtrisent pas, alors que la recherche d’emploi et les services publics passent de plus en plus par Internet. La vidéo nuance ces effets avec des exemples que vous pourrez reprendre dans une EC3.
IV. Affaiblissement et rupture des liens sociaux
Trois facteurs au programme fragilisent les liens. La précarité du marché du travail touche d’abord les liens de participation organique, puis, par l’irrégularité des revenus, tous les autres. L’isolement relationnel affecte les liens électifs et familiaux : près d’une personne sur cinq vit seule en France et le sentiment de solitude progresse, y compris chez les jeunes. Les ségrégations et discriminations, enfin, fragilisent le lien de citoyenneté quand tous ne sont pas égaux devant les institutions.
Quand plusieurs liens se fragilisent en même temps, les sociologues parlent de désaffiliation (Robert Castel), un processus cumulatif qui peut aboutir à ce que Paugam nomme la disqualification sociale, c’est-à-dire la stigmatisation de l’individu. Le chapitre suivant, sur la déviance, prolonge cette analyse : sa vidéo est disponible en exclusivité sur l’application.
Pour continuer la sociologie de Première
▶ Socialisation et comportement des individus
▶ Génération Alpha : plus connectée… mais plus isolée ? (Grand oral)
▶ Ne pas vouloir d’enfants, une déviance ? (Grand oral)Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un groupe social ?
Un ensemble d’individus unis par des liens durables, qui partagent des activités, des normes ou des valeurs et qui ont un sentiment d’appartenance au groupe. Une foule ou une catégorie statistique (comme une PCS) n’est pas un groupe social.
Solidarité mécanique et solidarité organique : quelle différence ?
Chez Durkheim, la solidarité mécanique caractérise les sociétés traditionnelles, où la cohésion repose sur la ressemblance des individus et une forte conscience collective. La solidarité organique caractérise les sociétés modernes, où la cohésion repose sur la différenciation et l’interdépendance des individus.
Les réseaux sociaux affaiblissent-ils le lien social ?
Pas globalement : les enquêtes montrent qu’ils renforcent surtout des liens existants et permettent d’entretenir des liens faibles. Mais la fracture numérique peut accentuer l’isolement des personnes peu ou pas connectées.
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