Philosophie Terminale

La science en philosophie : peut-on lui faire confiance malgré ses révolutions ? (bac de philo)

Objectivité, universalité, méthode… et pourtant la science se contredit au fil des révolutions. Descartes, Newton, Popper et la falsifiabilité, Kuhn et les paradigmes, Leibniz et la continuité : la notion de science expliquée pour le bac de philosophie, avec la vidéo d’Alyse pour La Boîte à Bac.

Programme officiel
  1. notion 13 La science
Par · · 7 min de lecture

Comment continuer à accorder un crédit absolu à une science qui a longtemps assuré que le Soleil tournait autour de la Terre ? La science est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, et l’une des plus liées à la vérité. Voici le plan de la vidéo d’Alyse : définition, problématique et enjeu, l’objectivité et l’universalité comme fondements de la science, les révolutions scientifiques comme défi, et le progrès comme conciliation entre confiance en la science et acceptation des révolutions.

▶ La Science – Notion en Philosophie — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Du latin scientia, connaissance (scire, savoir). Reine des savoirs dans l’Antiquité (la philosophie), la science est depuis le XIXe siècle un ensemble de connaissances fondées relatives à un domaine : sciences exactes, expérimentales, humaines. Ses lois sont rationnelles, universelles, systématiques, vérifiées, méthodiques.
  • Problématique : comment concilier l’impératif d’objectivité et d’universalité de la science avec les révolutions scientifiques qui remettent en question ce qu’on tenait pour établi ? Enjeu : éviter le dogmatisme comme le relativisme, et penser le progrès.
  • Repères : le doute méthodique (Descartes), les lois universelles (Newton), la falsifiabilité (Popper), les paradigmes (Kuhn), le principe de continuité (Aristote, Leibniz).

Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.

I. Définition, problématique et enjeu

Le mot vient du latin scientia, « connaissance », dérivé de scire, « savoir ». La notion a évolué : dans l’Antiquité, la science est le savoir éminent, et la philosophie la reine des sciences ; depuis le XIXe siècle, c’est un ensemble de connaissances fondées relatives à un domaine donné. On distingue les sciences exactes (mathématiques), expérimentales (physique, chimie) et humaines (histoire, psychologie, linguistique). Les lois scientifiques sont rationnelles, universelles (valables en tout lieu et en tout temps), issues d’un système organisé, vérifiées, et obtenues par une méthode hypothético-déductive (émettre une hypothèse et la vérifier) ou inductive (partir du réel pour établir des lois). La science s’oppose ainsi à la croyance, à la magie, aux préjugés et à l’opinion.

Or, historiquement, les vérités scientifiques sont parfois remises en question : avant Copernic et Galilée, on pensait la Terre au centre de l’univers. D’où la problématique : comment concilier l’impératif d’objectivité et d’universalité inhérent à la science avec les révolutions scientifiques qui contredisent des notions considérées comme établies ? L’enjeu : éviter le dogmatisme (tenir les vérités scientifiques pour indiscutables) comme le relativisme (douter de tout), et se donner les moyens de penser un progrès scientifique.

II. L’objectivité et l’universalité comme fondements de la science

L’objectivité a trois sens : au sens courant, l’impartialité, considérer les événements indépendamment de ses intérêts ou préjugés ; au sens ontologique, ce qui existe indépendamment de la connaissance humaine ; au sens empirique, la réalité sans les interprétations subjectives. Les sciences tentent d’incarner les trois : rationnelles et détachées des préjugés, confrontées à la réalité, établissant des faits solides par des méthodes rigoureuses. Descartes, inspiré des mathématiciens, montre avec le doute méthodique et le cogito qu’une vérité peut être clairement établie, et met en avant la rigueur, la méthode et la vérifiabilité.

L’universalité est l’autre fondement : découvrir des lois qui s’appliquent partout, indépendamment des contextes et des époques. Newton, avec ses trois lois du mouvement et la loi de la gravitation universelle (Principia, 1687), montre que les mêmes lois régissent les mouvements terrestres et célestes, et explique ainsi le mouvement des planètes. Mais si la fiabilité de la science est fondée sur son universalité et son objectivité, celle-ci est aussi malmenée.

III. Les révolutions scientifiques, un défi majeur

Le critère de falsifiabilité (ou réfutabilité) de Popper est fondamental : une théorie n’est scientifique que si elle est formulée de manière à pouvoir être réfutée par des observations ou des expériences. L’astrologie n’est pas une science parce que ses prédictions ont toujours une extrême probabilité de se réaliser. À l’inverse, la théorie de la gravitation de Newton se vérifie dans de très nombreux cas, mais on a trouvé des situations (vitesses extrêmes, champs gravitationnels intenses) où elle n’opère plus, ce qui a conduit Einstein à la dépasser. La falsifiabilité rend les théories ouvertes à la remise en question et permet de naviguer rationnellement entre l’avant et l’après d’une révolution.

La révolution copernicienne en est l’exemple parfait : à l’époque de Galilée, l’idée que la Terre est au centre de l’univers est largement acceptée ; ses observations au télescope confirment Copernic, et l’on passe du géocentrisme à l’héliocentrisme, où nous ne sommes plus qu’une partie d’un grand tout. Kuhn a théorisé ce rôle avec le concept de paradigme : la science progresse par cycles, avec des périodes de stabilité où les scientifiques travaillent à l’intérieur d’un paradigme établi, et des révolutions où de nouvelles théories émergent, remettent en question les croyances et instituent un nouveau paradigme. Mais comment conserver confiance en la science face à ces révolutions multiples ?

IV. Le progrès : concilier confiance et révolutions

Plutôt que des ruptures, certains voient les changements à travers le principe de continuité : dans la nature, les choses changent de façon continue. Énoncé par Aristote dans sa Physique, il est repris par Leibniz : « tout va par degrés dans la nature, et rien par saut ». Les révolutions scientifiques feraient ainsi partie d’une continuité, car elles s’appuient sur les savoirs antérieurs pour les faire avancer : la relativité d’Einstein n’aurait pas existé sans Newton, qu’elle approfondit là où son paradigme montrait ses limites. Le même principe est à la base de la théorie de l’évolution de Darwin.

D’autres penseurs, comme le pragmatiste Richard Rorty, insistent sur la flexibilité : rester ouvert à la révision de nos croyances en fonction des nouvelles découvertes, en reconnaissant que la connaissance est sujette au changement. Combinée à la confiance dans la méthode scientifique, cette ouverture permet une progression continue de la connaissance. Conclusion de la vidéo : loin d’entraver le progrès, les révolutions scientifiques le conditionnent, si l’on parvient à les accueillir avec rigueur, adaptation et flexibilité ; chaque révolution est une porte vers de nouvelles découvertes. La fiche de la notion et le quiz sont dans l’application.

Les notions voisines

La science dialogue avec la vérité (Descartes, Popper), la raison (méthode, universalité) et la technique (Bachelard).

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la falsifiabilité selon Popper ?

Le critère qui distingue une théorie scientifique d’une pseudo-science : une théorie est scientifique si elle peut, en principe, être réfutée par l’expérience. Une théorie qui explique tout et ne peut jamais être contredite (astrologie, selon Popper) n’est pas scientifique.

Qu’est-ce qu’un paradigme chez Kuhn ?

L’ensemble des théories, méthodes et présupposés partagés par une communauté scientifique à une époque donnée. La science normale travaille à l’intérieur du paradigme ; une révolution scientifique le remplace par un autre (du géocentrisme à l’héliocentrisme).

La science progresse-t-elle par ruptures ou par continuité ?

Les deux lectures existent : Kuhn insiste sur les ruptures entre paradigmes, Leibniz et le principe de continuité sur le fait que chaque théorie nouvelle s’appuie sur les précédentes et les prolonge, comme la relativité prolonge Newton.

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Alyse Gaultier

Alyse Gaultier est doctorante en philosophie, professeure particulière de philosophie et de français, écrivaine et comédienne. Philosophe de l’art de formation, elle a accompagné des milliers d’élèves, de la Première au doctorat, en cours collectifs et individuels, et a animé des cafés philo. Elle fait partie du département philosophie de La Boîte à Bac depuis 2021 : elle écrit et présente les vidéos des 17 notions du programme de Terminale et les stages de révision du bac. Sa pédagogie s’appuie sur le contact direct avec les textes et sur le programme officiel, avec l’ambition de rendre la philosophie accessible, concrète et utile pour diriger sa vie. Elle est aussi l’autrice de plusieurs livres, notamment aux éditions Flammarion (collection L’ABCdaire), et a participé à de nombreux projets de théâtre et de cinéma.

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