Philosophie Terminale

La raison en philosophie : faculté de connaître, guide moral, moyen d’action (bac de philo)

Du doute méthodique de Descartes aux limites tracées par Kant, de l’impératif catégorique aux passions de Hume, de la raison d’État à la perspective : la notion de raison expliquée pour le bac de philosophie, avec la vidéo d’Alyse pour La Boîte à Bac.

Programme officiel
  1. notion 11 La raison
Par · · 8 min de lecture

Comment Descartes a-t-il tenté de donner à la philosophie la rigueur des mathématiques ? Et pourquoi Kant a-t-il jugé qu’il allait trop loin ? La raison est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale : une arme secrète pour démêler les énigmes du monde, qui possède aussi ses limites. Voici le plan de la vidéo d’Alyse : définition, problématique et enjeu, la raison comme faculté de connaître, la raison comme guide moral, la raison comme moyen d’action.

▶ La Raison – La notion en philosophie — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Du latin ratio, calcul, raisonnement. La raison est la faculté de comprendre, de juger et de discerner le vrai du faux, présente dans les mathématiques, les sciences, la décision et la philosophie.
  • Elle conduit aussi à des impasses cognitives : affirmer ce qu’elle ne peut vérifier, confirmer ses croyances préexistantes. Problématique : comment concilier sa capacité à nous éclairer et ses limites ?
  • Repères : le doute méthodique et le cogito (Descartes), les limites de la raison (Kant, Critique de la raison pure), l’impératif catégorique, la raison et les émotions (Péguy, Hume), la raison d’État (Machiavel), la raison et la créativité (Nietzsche, la perspective).

Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.

I. Définition, problématique et enjeu

La raison est la faculté de l’esprit humain qui nous permet de comprendre, de juger et de discerner le vrai du faux, outil essentiel pour explorer le monde et construire notre connaissance. Le mot vient du latin ratio, ratiocinatio, « calcul », « raisonnement logique » : la raison est cette force qui procède à des déductions rigoureuses et à des analyses rationnelles.

Mais elle peut conduire à des impasses cognitives, c’est-à-dire à affirmer des choses qu’elle n’est pas en mesure de vérifier, du fait de la complexité d’une réalité parfois contradictoire (en été il fait beau, mais aujourd’hui il pleut) et de nos propres tendances : nous cherchons à confirmer nos croyances et accordons plus de poids aux informations facilement accessibles. D’où la problématique : la raison oscillant entre lumière et obscurité, comment concilier sa capacité à nous éclairer sur le monde avec les limites qui nous conduisent à des jugements erronés ? L’enjeu : une pensée plus critique, une ouverture d’esprit et une compréhension approfondie du monde.

II. La raison comme faculté de connaître

La raison se manifeste dans la capacité à utiliser la logique, à évaluer les preuves et à formuler des arguments cohérents : dans les mathématiques (suivre des étapes logiques et des règles précises), dans les sciences (formuler des lois et des théories comme la relativité), dans la prise de décision et dans la philosophie (examiner des concepts abstraits comme la vérité ou la justice). Descartes, soucieux de conférer à la philosophie la rigueur des mathématiques, se munit du doute méthodique : tout remettre en question pour ne partir que de connaissances dont il est impossible de douter. Une chose résiste : le fait que je pense, qui implique que j’existe. C’est le cogito ergo sum, première vérité fiable, qui montre que la raison, armée d’une méthode, peut nous guider vers des vérités fondamentales.

Mais la raison a ses limites. Dans la Critique de la raison pure, Kant répond à la question « que puis-je connaître ? » : après avoir étudié le fonctionnement de l’entendement, il établit que la raison ne peut statuer que sur les choses dont nous faisons l’expérience par nos cinq sens. Quand Descartes affirme « j’ai l’idée de Dieu, donc il existe », sa raison va trop loin et statue sur une question pour laquelle elle n’est pas légitime : nous sommes dans le domaine de la foi et de la métaphysique. Depuis Kant, on sait que certains aspects de la réalité, l’infini, le mystère de l’existence, dépassent les capacités de la raison humaine. La vidéo détaille ce tournant.

III. La raison comme guide moral

Face aux dilemmes moraux, Kant montre que la raison peut guider nos choix en établissant des principes universels, indépendants de nos préférences personnelles : c’est l’impératif catégorique, commandement qui fait préférer l’intérêt collectif à l’intérêt particulier. « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en loi universelle » ; « agis de telle sorte que tu traites toujours l’humanité, en toi-même et en autrui, comme une fin et jamais seulement comme un moyen ». La vidéo l’illustre par le choix d’un héros de cinéma qui renonce à la vengeance au profit de principes universels.

Mais la raison est entremêlée d’émotions : « le kantisme a les mains pures, mais il n’a pas de mains », disait Péguy. Nous ne sommes pas des machines, et nos émotions influencent nos jugements même lorsque nous cherchons à être rationnels, comme ce personnage de roman dont les actes froids sont motivés par un amour non partagé et une colère ancienne. C’est la thèse de Hume : les émotions jouent un rôle essentiel dans nos jugements, la raison pure ne peut seule dicter nos choix, et il faut reconnaître l’interaction entre émotions et raisonnement pour prendre des décisions éthiques équilibrées.

IV. La raison comme moyen d’action

Impossible de mesurer la raison à l’œuvre sans passer par la politique. Dans le Contrat social, Rousseau veut que la raison guide les décisions politiques, car elle permet de trouver des principes justes et équitables pour gouverner. Mais Machiavel rappelle avec la raison d’État que la raison politique n’est pas toujours aussi noble qu’elle le prétend : le Prince prend des décisions pragmatiques, voire cyniques, pour préserver le pouvoir, rien n’étant pire pour un peuple que l’instabilité. Phare éclairant ou caméléon dissimulé derrière la raison d’État, la raison oscille en politique entre noblesse et ruse, et c’est aux citoyens éclairés d’examiner les intentions de ceux qui gouvernent.

Reste la créativité, domaine qui semble le plus éloigné de la raison. Nietzsche déplore la primauté de la raison dans la philosophie traditionnelle et préfère une approche artistique et intuitive : la raison ne doit pas étouffer la créativité mais la nourrir. Pourtant raison et art ne sont pas opposés : la perspective, inventée à Florence par Brunelleschi et théorisée par Alberti dans De pictura (1435), qui recommande au peintre de bien posséder la géométrie, montre que l’art se nourrit d’un savoir fondé sur la raison. Conclusion de la vidéo : la raison apporte structure et logique, la créativité originalité et audace ; en maîtriser les pouvoirs, c’est déjouer les pièges de la confusion et de l’ignorance. La fiche de la notion et le quiz sont dans l’application.

Exclusivité · le dossier interactif

Mène l’enquête avec Cogito

Huit pièces à examiner — Descartes, Hume, Pascal, Kant —, puis une interrogation et un atelier. Environ 15 minutes, directement dans la page : ta progression est enregistrée sur cet appareil.

Ouvrir le dossier en plein écran →

Les notions voisines

La raison dialogue avec la vérité (Descartes, Kant), le devoir (impératif catégorique) et la science (lois et théories).

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le doute méthodique de Descartes ?

Une méthode qui consiste à rejeter provisoirement tout ce dont on peut douter (les sens, les raisonnements, le monde) pour ne conserver que ce qui résiste au doute. Il aboutit au cogito : « je pense, donc je suis ».

Quelles sont les limites de la raison selon Kant ?

La raison ne peut connaître que ce qui est donné dans l’expérience sensible. Dès qu’elle prétend statuer sur Dieu, l’âme ou l’infini, elle sort de son domaine légitime : ce sont des objets de foi ou de métaphysique, non de connaissance.

Que dit Hume du rapport entre raison et passions ?

Que la raison seule ne motive aucune action : ce sont les passions qui nous font agir, la raison ne faisant que calculer les moyens. D’où sa formule : la raison est « l’esclave des passions ».

Nos produits

Pour aller plus loin en philosophie

Kit’Bac PhilosophieKit’Bac PhilosophieLe coffret pour réviser les 17 notions du programme avec des cartes, des défis et des vidéos de méthodologie.Voir le Kit’Bac
Méthodologie Philosophie (24 vidéos)Méthodologie Philosophie (24 vidéos)Dissertation, explication de texte, problématisation : la méthode pas à pas pour l’épreuve.Découvrir la méthodo
L’application La Boîte à BacL’application La Boîte à BacCours, fiches et quiz sur chaque notion et chaque repère du programme, avec l’abonnement Terminale.Découvrir l’application
La raison en philosophie : faculté de connaître, guide moral, moyen d’action (bac de philo)

Alyse Gaultier

Alyse Gaultier est doctorante en philosophie, professeure particulière de philosophie et de français, écrivaine et comédienne. Philosophe de l’art de formation, elle a accompagné des milliers d’élèves, de la Première au doctorat, en cours collectifs et individuels, et a animé des cafés philo. Elle fait partie du département philosophie de La Boîte à Bac depuis 2021 : elle écrit et présente les vidéos des 17 notions du programme de Terminale et les stages de révision du bac. Sa pédagogie s’appuie sur le contact direct avec les textes et sur le programme officiel, avec l’ambition de rendre la philosophie accessible, concrète et utile pour diriger sa vie. Elle est aussi l’autrice de plusieurs livres, notamment aux éditions Flammarion (collection L’ABCdaire), et a participé à de nombreux projets de théâtre et de cinéma.

Voir la chaîne YouTube →
Retour en haut