Avec État, sous différents régimes, ou sans État du tout : il existe plusieurs façons de concevoir le fonctionnement d’un pays. L’État est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, au croisement de la société, de la loi, du pouvoir et de la liberté. Voici le plan de la vidéo d’Alyse : définition et problématiques, pourquoi certains veulent se passer de l’État, pourquoi il semble nécessaire, quel serait le régime idéal, et les limites de la démocratie.
Ce qu’il faut retenir
- Au sens ancien, l’État désigne un régime politique ; au sens moderne, l’autorité souveraine qui s’exerce sur un peuple dans un territoire déterminé. Souveraineté : aucune autorité ne lui est supérieure.
- Contre l’État : Nietzsche (« le plus froid des monstres froids »), les anarchistes Bakounine et Proudhon (négation des libertés, frontières et guerres), Marx (instrument de la classe dominante).
- Pour l’État : les contractualistes partent d’un état de nature fictif. Locke (monnaie et absence de juge impartial), Rousseau (propriété et inégalités), Hobbes (« l’homme est un loup pour l’homme ») concluent tous à la nécessité d’un contrat social.
Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.
I. Définition et problématiques
Au sens ancien, l’État est assimilé au régime politique : on parle d’État démocratique, tyrannique, de monarchie. Au sens moderne, l’État avec une majuscule désigne l’autorité souveraine qui s’exerce sur un peuple dans un territoire déterminé. La souveraineté signifie qu’aucune autorité ne lui est supérieure : même membre de l’ONU ou de l’Union européenne, un État peut les quitter ou refuser d’appliquer leurs décisions, avec des conséquences diplomatiques. L’État recouvre donc deux réalités : un ensemble d’individus soumis à des lois et à une autorité politique, et cette autorité elle-même, avec les structures qui lui permettent de s’exercer.
La notion touche ainsi au vivre-ensemble, à la loi, au pouvoir et à la liberté. Deux problématiques en découlent. Si je cède une part de mes libertés à une autorité souveraine, comment m’assurer qu’elle agira pour l’intérêt général et non selon son intérêt propre ? Et si l’État est autorisé à user de la force pour faire appliquer la loi, quel régime mettre en place pour éviter que l’exercice du pouvoir ne débouche sur des dominations arbitraires ? Plus simplement : comment l’État pourrait-il ne pas abuser de son pouvoir alors qu’il n’est lui-même soumis à aucune autorité ?
II. Pourquoi il faudrait se passer de l’État
Il est plus aisé de se passer de l’État si l’on a foi en l’homme et en son potentiel. C’est le cas de Nietzsche, pour qui l’État est « le plus froid des monstres froids », un menteur qui ose affirmer « Moi, l’État, je suis le peuple ». Hostile à la créativité, il écrase les esprits libres, uniformise la pensée, valorise le travail pour absorber la force vitale et éteindre tout désir de révolte ; nouvelle idole, il a remplacé Dieu pour avoir la mainmise sur l’individu.
Les anarchistes Bakounine et Proudhon prônent carrément sa suppression : l’État nie les libertés individuelles, rompt la solidarité universelle en créant des frontières, d’où les guerres et la misère des peuples. Le bonheur est dans la vie communautaire, et la révolution abattra l’État et toute forme d’autorité. Marx considère l’État comme un instrument politique au service de la classe qui domine le système économique : sa police et son armée maintiennent « l’ordre bourgeois », et seul l’éveil de la conscience de classe permettra de l’abattre. Pour ces penseurs, les États en place sont incompatibles avec l’expression des libertés et avec une vision égalitaire et solidaire des individus. Mais alors, pourquoi vivons-nous dans un État ?
III. Pourquoi l’État est nécessaire
Pour comprendre, les contractualistes Locke, Rousseau et Hobbes reviennent à l’origine en pensant un état de nature : une idée fictive, qui n’a jamais existé, permettant de penser l’homme avant son entrée dans l’État. Pour le plus optimiste, Locke, l’homme y est libre, solidaire, jouit de la propriété sans en abuser ; mais les ressources manquent, la monnaie apparaît et permet d’accumuler, les inégalités engendrent des conflits, et en l’absence de juge impartial les conflits dégénèrent en guerre. D’où la nécessité d’une entité capable de les résoudre.
Pour Rousseau, l’homme est naturellement bon, solitaire, animé par l’instinct de conservation et la pitié. Mais la population augmente, la propriété naît (« il a suffi qu’un homme déclare qu’une terre lui appartient et que d’autres l’aient cru »), l’amour de soi se transforme en égoïsme, les inégalités et la volonté de dominer conduisent à la guerre, et le pacte social s’impose. Pour le plus pessimiste, Hobbes, l’état de nature est le règne de la loi du talion : « l’homme est un loup pour l’homme », libre d’user de tous les moyens pour se conserver, dans une guerre où ne survivent que les forts. On est donc entré en société parce qu’on n’avait pas le choix. Reste à savoir quel régime est le moins contraignant et le plus avantageux.
IV. Quel régime idéal ?
Platon imagine dans La République une cité où seuls les philosophes gouvernent, au terme d’une formation qui court jusqu’à cinquante ans : parce que le sage est au contact des Idées et du Bien, il ne désire pas le pouvoir, et son désintéressement lui permet d’en faire bon usage. Moins optimiste sur la nature humaine, Machiavel reconnaît au Prince la possibilité d’agir de façon immorale pour conserver l’ordre : c’est la raison d’État. « La fin justifie les moyens » ; doté de la ruse du renard et de la force du lion, le bon Prince joue avec son image, sait se faire aimer ou craindre, et compose avec la fortune grâce à sa virtù.
À la même époque, Hobbes écrit le Léviathan : puisque, à l’état de nature, « les notions de bien et de mal, de justice et d’injustice » n’existent pas, seul un souverain absolu peut maintenir l’ordre, et il privilégie la monarchie absolue. Dans la lignée des pouvoirs absolus, le fascisme et le totalitarisme, dont l’idéologie, selon Hannah Arendt, prime sur l’individu et vise la domination sans bornes. Inacceptables en termes de liberté, ces régimes conduisent à chercher des formes plus compatibles avec nos droits.
Pour Rousseau, par le contrat social, les citoyens cèdent leur liberté naturelle pour gagner une liberté civile, encadrée par des lois mais réelle ; l’État n’est légitime que s’il préserve le plus de libertés possible, d’où sa préférence pour la démocratie directe, où les citoyens souverains font eux-mêmes les lois. Difficile de réunir tous les citoyens pour chaque loi : Tocqueville et Benjamin Constant théorisent la démocratie représentative, où le peuple délègue à des élus qu’il doit pouvoir contrôler. Locke conçoit l’État comme le moyen de sauvegarder un maximum de droits naturels, avec un droit de résistance si le souverain n’assure pas liberté civile et sécurité, et préconise avant Montesquieu la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, fédératif). La vidéo compare ces modèles avec les cartes-auteurs.
V. Les limites de l’État démocratique
Première difficulté, relevée par Kant : on élit des hommes dotés de raison, mais aussi de sensibilité, donc enclins à satisfaire leurs intérêts égoïstes, et il n’est pas rare que des élus doivent répondre de leurs abus devant la justice. Deuxième difficulté : l’écart entre ce que le régime promet et ce qu’il met en place, la démagogie de campagne oubliée une fois au pouvoir. Marcuse va plus loin : les démocraties capitalistes seraient des régimes autoritaires qui font croire à la liberté tout en visant la disparition de la pensée, en faisant des besoins matériels notre seule préoccupation.
Troisième difficulté : la gestion des crises. Pour Max Weber, l’État détient « le monopole de la violence légitime », c’est-à-dire la possibilité d’imposer les lois par la contrainte ; mais les dérives lors de manifestations, ou les états d’urgence décrétés face au terrorisme ou à l’épidémie de Covid, posent la question des restrictions de libertés et de la cohésion sociale. La vidéo se conclut par un duel de citations entre l’anarchiste et le républicain, avec Malraux et Brassens. La fiche complète, les repères et le quiz sont dans l’application.
Les notions voisines
L’État dialogue avec la justice (Rousseau, Rawls), la liberté (Hobbes, Locke) et le devoir (Kant).
▶ La Justice – Notion au programme du bac de philosophie
▶ La Liberté – Notion au programme du bac de philosophie
▶ Le Devoir – La notion en philosophieQuestions fréquentes
Qu’est-ce que l’état de nature ?
Une fiction théorique utilisée par Hobbes, Locke et Rousseau pour penser l’homme avant toute société et justifier le passage à l’État par un contrat. Chacun en donne une version différente : guerre de tous contre tous (Hobbes), liberté fragile (Locke), bonté naturelle (Rousseau).
Qu’est-ce que le contrat social ?
Le pacte par lequel les individus renoncent à leur liberté naturelle pour gagner une liberté civile garantie par les lois. Chez Rousseau, le peuple reste souverain et le gouvernement ne fait qu’appliquer ses lois.
Que signifie le monopole de la violence légitime ?
Selon Max Weber, l’État moderne se définit par le fait qu’il est le seul à pouvoir user légitimement de la contrainte physique sur un territoire donné, pour faire respecter les lois.
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