Philosophie Terminale

Le bonheur en philosophie : dépend-il de nous ? (bac de philo)

Un état durable de satisfaction complète… dont personne ne fait jamais l’expérience ? Kant, les stoïciens, Épicure, Spinoza, Schopenhauer : la notion de bonheur expliquée pour le bac de philosophie, avec la vidéo d’Alyse pour La Boîte à Bac.

Programme officiel
  1. notion 2 Le bonheur
Par · · 9 min de lecture

Rares sont ceux qui rêvent d’une vie pénible. Et pourtant, dès qu’on essaie de définir le bonheur, il se dérobe. Le bonheur est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, et l’un des sujets les plus fréquents au bac. Voici le fil de la vidéo d’Alyse : la définition et son paradoxe, la question de savoir si le bonheur dépend de nous, son lien avec le désir et la politique, et la forme de bonheur à laquelle on peut aspirer aujourd’hui.

▶ Le Bonheur – Notion au programme du bac de philosophie — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Le bonheur se définit comme un état durable de satisfaction complète, d’où découle un sentiment de plénitude. Problème : la vie est changeante ; un tel état est-il autre chose qu’un idéal ?
  • Pour Kant, le bonheur est « un idéal non de la raison mais de l’imagination » : indéfinissable en général, il est propre à chacun. D’où la tentation de le rattacher à des notions plus concrètes : la chance, la vertu, le plaisir, le désir, la consommation.
  • Deux grandes lignes de réponse : faire dépendre le bonheur de notre attitude (stoïciens, Aristote, Épicure) ou du désir, jugé source de souffrance (Platon, Schopenhauer) ou élan vital (Spinoza, Nietzsche).

Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.

I. Définition et problématique : un idéal dont on ne fait pas l’expérience ?

On s’accorde généralement à définir le bonheur comme un état durable de satisfaction complète, dont découle un sentiment de plénitude et de béatitude. Mais cette définition contient déjà le problème de la notion : comment concevoir le bonheur autrement que comme un idéal stable et désincarné, dont on ne fait jamais l’expérience, alors que l’existence est changeante, parsemée d’obstacles et d’embûches ? À quoi bon réfléchir sur quelque chose qui n’existe pas ? Et ne risque-t-on pas de souffrir à tendre inlassablement vers un état inaccessible ?

Kant (1724-1804) est l’un des premiers à pointer l’impossibilité de définir le bonheur. Il en fait un idéal non de la raison (qui nous permet de connaître ce dont nous faisons l’expérience) mais de l’imagination (qui nous représente des choses qui n’existent pas). Le bonheur relève de l’expérience et varie d’un individu à l’autre : pour l’un c’est manger du chocolat, pour l’autre perdre du poids. C’est cette impossibilité qui a conduit philosophes et politiques, au fil des siècles, à associer le bonheur à des notions bien réelles : la chance, le plaisir, le désir, la morale, la consommation ou les loisirs. La vidéo reprend chacune de ces associations dans l’ordre.

II. Le bonheur dépend-il de nous ?

Bonheur et fortune

L’étymologie donne la première réponse : « bonheur » vient du latin bonum (bon) et augurum (le hasard, la chance), devenu « bon eür » en ancien français. Dans l’Antiquité, le bonheur est donc affaire de sort : au bonheur peut succéder le malheur, au gré des caprices de la Fortune. Mais rester passif, comme la Belle au bois dormant qui attend son prince, n’est pas une position tenable.

Bonheur et acceptation

Pour contrer cette conception fataliste, l’eudémonisme stoïcien (doctrine qui a pour objet central le bonheur) propose de le faire dépendre entièrement de nous : pour ne plus être le jouet du sort, il suffit de vouloir que les choses arrivent comme elles arrivent. Plus facile à dire qu’à faire, et cela ne revient-il pas à nier nos aspirations ?

Bonheur et vertu

Plus réaliste et morale, la conception d’Aristote fait dépendre le bonheur de la vertu : distinguer le bien du mal et n’accomplir que les actions bonnes, dont découlerait une satisfaction intérieure. Réaliste, mais un peu restrictif.

Bonheur et plaisir

Dans la même lignée, Épicure propose un hédonisme modéré : le bonheur est indissociable du plaisir, mais il ne s’agit pas de s’en mettre plein la panse. Le bonheur étant ataraxie (absence de trouble de l’âme), il faut trier les plaisirs : profiter des désirs naturels et nécessaires (boire, manger, dormir), s’octroyer de temps en temps des plaisirs naturels mais non nécessaires (un verre de bon vin, un mets fin), et ignorer les plaisirs ni naturels ni nécessaires (ambition, gloire, richesse), insatiables et sources de souffrance. À moins de vivre reclus dans une grotte, difficile à appliquer à la lettre.

III. Le bonheur, une affaire de désir

Nombre de philosophes voient dans le désir la cause de nos malheurs. L’étymologie va dans ce sens : desiderium exprime la nostalgie douloureuse (de-) d’un astre (sideris) autrefois contemplé. Dans le Gorgias, Socrate oppose à Calliclès le tonneau percé des Danaïdes : chercher le bonheur en satisfaisant ses désirs, c’est s’épuiser à remplir un tonneau qui fuit, le désir étant illimité et toujours reconduit. Les stoïciens et Descartes en tirent la conséquence : mieux vaut changer ses désirs que l’ordre du monde. Schopenhauer, le plus pessimiste, fait du vouloir-vivre la source de notre douleur et de ce qui divise les hommes ; seul l’art peut apaiser ce mal-être.

Spinoza pense au contraire que le désir est l’essence même de l’homme, et que la joie qui découle de sa satisfaction signale « le passage d’une moindre à une plus grande perfection ». Nietzsche, avec la volonté de puissance, y voit un élan vital, une force créatrice, et donc un vecteur du bonheur. La vidéo détaille comment mobiliser ces deux camps dans une dissertation.

IV. Bonheur et politique

Si le bonheur consiste à « cultiver son jardin », comme le conclut Voltaire dans Candide, encore faut-il une société qui le permette à tous. Les États démocratiques, en privilégiant l’expression des libertés individuelles, semblent aller dans ce sens, et l’idéal d’un bonheur collectif apparaît en Europe avec la Révolution française (Saint-Just). Les congés payés en donnent une illustration concrète : accordés par décret aux seuls fonctionnaires sous Napoléon III (1853), ils sont généralisés par le Front populaire en 1936, et la publicité s’empresse d’associer vacances, loisirs et bonheur.

Mais les intérêts des États, même démocratiques, vont parfois à l’encontre de ceux des individus. La société de consommation instrumentalise nos désirs par la publicité et le marketing : elle tolère le bonus dolus (le mensonge léger qui exagère les qualités d’une marchandise), les images subliminales, le crédit facile. La quête du bonheur, associée à la consommation, devient aliénante : l’individu n’est plus à l’origine de ses désirs, créés de toutes pièces par une société dont le but est de s’enrichir.

V. À quelle forme de bonheur aspirer aujourd’hui ?

Si le bonheur est, selon la formule de Kant, l’état d’un être raisonnable « à qui, dans tout le cours de son existence, tout arrive selon son souhait et sa volonté », il est impossible. Que reste-t-il ? Pour Élisabeth Roudinesco, le bonheur est aujourd’hui plus affaire de psychologie que de philosophie ou de politique. Dans Avatar de Théophile Gautier, Octave a tout pour être heureux (argent, jeunesse, beauté) et sombre dans l’ennui : le bonheur est individuel et suppose la connaissance de soi.

La fin de la vidéo esquisse une réponse contemporaine, bonheur et amour, travail, action, générosité, estime de soi, en s’appuyant sur Freud (« aimer et travailler ») et sur la « force d’exister » de Spinoza. Si vivre dans un état de bonheur permanent n’est pas possible, vivre heureux, porté par la joie et le désir, semble un objectif tout à fait accessible. La fiche complète de la notion, les repères et le quiz sont dans l’application.

Les notions voisines

Le bonheur dialogue avec la liberté (stoïciens, Spinoza), le devoir (Kant, Aristote) et le travail (Freud).

Questions fréquentes

Quelle est la définition du bonheur en philosophie ?

Un état durable de satisfaction complète, dont découle un sentiment de plénitude. Il se distingue du plaisir (ponctuel) et de la joie (émotion passagère) par sa stabilité, ce qui pose la question de savoir s’il est accessible dans une vie changeante.

Pourquoi Kant dit-il que le bonheur est un idéal de l’imagination ?

Parce qu’aucun concept universel ne peut le définir : chacun se représente son bonheur à partir de son expérience. Kant en conclut que la morale ne peut se fonder sur le bonheur, mais sur le devoir.

Quelle différence entre hédonisme et eudémonisme ?

L’eudémonisme (Aristote, stoïciens) fait du bonheur le but de la vie humaine et le lie à la vertu ou à l’acceptation ; l’hédonisme (Épicure) fait du plaisir le critère du bonheur, à condition, chez Épicure, de trier ses désirs pour atteindre l’ataraxie.

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Alyse Gaultier

Alyse Gaultier est doctorante en philosophie, professeure particulière de philosophie et de français, écrivaine et comédienne. Philosophe de l’art de formation, elle a accompagné des milliers d’élèves, de la Première au doctorat, en cours collectifs et individuels, et a animé des cafés philo. Elle fait partie du département philosophie de La Boîte à Bac depuis 2021 : elle écrit et présente les vidéos des 17 notions du programme de Terminale et les stages de révision du bac. Sa pédagogie s’appuie sur le contact direct avec les textes et sur le programme officiel, avec l’ambition de rendre la philosophie accessible, concrète et utile pour diriger sa vie. Elle est aussi l’autrice de plusieurs livres, notamment aux éditions Flammarion (collection L’ABCdaire), et a participé à de nombreux projets de théâtre et de cinéma.

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