Philosophie Terminale

La liberté en philosophie : être libre, est-ce faire ce que l’on veut ? (bac de philo)

Faire ce que l’on veut sans contrainte, ou savoir se poser ses propres limites ? De Hobbes à Sartre, de Spinoza à Kant, la notion de liberté expliquée pour le bac de philosophie, avec la vidéo d’Alyse pour La Boîte à Bac.

Programme officiel
  1. notion 9 La liberté
Par · · 6 min de lecture

« Être libre, c’est faire ce que je veux. » Prenez cette phrase au mot, et le joueur ruiné, Emma Bovary ou Dom Juan vous montrent où elle mène. La liberté est l’une des 17 notions du programme de philosophie de Terminale, et l’une de celles où le sens courant et le sens philosophique s’éloignent le plus. Voici les repères pour bâtir une dissertation, et ce que la vidéo d’Alyse développe.

▶ La Liberté – Notion au programme du bac de philosophie — La Boîte à Bac

Ce qu’il faut retenir

  • Au sens courant, la liberté est une absence de contrainte ; au sens philosophique, c’est la capacité de choisir et de se poser ses propres limites, ce qui suppose le libre arbitre et fonde la responsabilité.
  • Son existence ne se prouve pas : évidence pour Descartes, condition de l’homme pour Sartre (« l’existence précède l’essence »), illusion pour Spinoza, postulat nécessaire de la raison pratique pour Kant.
  • Repères à mobiliser : contrainte/obligation, liberté d’indifférence, déterminisme et fatalisme (Œdipe), état de nature (Hobbes), liberté politique et liberté intime.

Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme de philosophie de Terminale : les 17 notions, les repères et les auteurs.

I. La liberté comme absence de contrainte : un paradoxe

Étymologiquement, libertas désigne la condition de l’homme libre, par opposition à l’esclave. Au sens courant, être libre, c’est agir selon sa volonté sans subir de pression. Mais que se passe-t-il si l’on supprime toute contrainte extérieure ? Les expériences anarchistes (Bakounine, Proudhon, la Makhnovtchina de 1918-1921) sont restées brèves, et Hobbes rappelle qu’à l’état de nature, « l’homme est un loup pour l’homme » : sans arbitre, la liberté de chacun se retourne contre tous.

Sans contrainte intérieure, ce n’est pas mieux : le joueur qui ne se fixe aucune limite, Emma Bovary et son goût immodéré des belles choses, Dom Juan chez Molière finissent ruinés ou morts. En « faisant ce qu’ils veulent », ils aboutissent à ce qu’ils ne voulaient pas. Être libre serait donc plutôt savoir se limiter. Alyse développe ces trois exemples littéraires dans la vidéo, prêts à être réutilisés en copie.

II. La liberté comme capacité à se poser ses propres limites

Être libre, c’est pouvoir faire des choix, ce qui suppose le libre arbitre : l’aptitude à décider de ses actes sans y être contraint par une force extérieure. C’est ce libre arbitre qui fonde la responsabilité (je réponds de mes actes parce que je les ai choisis) et la grandeur de l’homme chez les existentialistes, jusqu’au « je me révolte, donc je suis » de Camus.

Tous les choix ne se valent pas : Descartes appelle liberté d’indifférence le plus bas degré de la liberté, le choix arbitraire, sans raison. La liberté véritable est liée à la connaissance : le stoïcien préfère « renoncer à ses désirs plutôt que changer l’ordre du monde » parce qu’il sait comment le monde fonctionne. C’est aussi ce lien entre liberté et connaissance qui éclaire la notion de consentement : on ne choisit librement que ce que l’on est en mesure de comprendre. La vidéo consacre un développement à cette question très contemporaine.

III. La liberté existe-t-elle ?

Pour Sartre, « l’existence précède l’essence » : l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il se fait, et cette liberté totale est aussi une angoisse, qu’il fuit dans la mauvaise foi en se réduisant à un rôle, comme le garçon de café. Pour Spinoza, au contraire, le libre arbitre est une illusion née de « l’ignorance des causes qui nous font agir » : c’est le déterminisme. Le fatalisme va plus loin encore : tout est écrit, comme pour Œdipe qui accomplit l’oracle en cherchant à lui échapper.

Kant tranche autrement : la liberté n’est pas démontrable, mais elle est un postulat nécessaire de la raison pratique. Pour qu’un acte soit moral, il faut que j’aie pu agir autrement ; si tout était déterminé, aucun de nos actes n’aurait de valeur morale. L’exemple du vol que je m’interdis, détaillé pas à pas dans la vidéo, permet de comprendre ce raisonnement et de le restituer en trois lignes le jour de l’épreuve.

IV. La liberté aujourd’hui : de l’espace public à l’espace intime

Dans l’Antiquité, la liberté est politique et réservée au citoyen ; à l’époque moderne, Hobbes, Machiavel ou Rousseau cherchent le régime qui garantit le plus de libertés sous la protection des lois, une liberté limitée mais supérieure à celle de l’état de nature. Depuis un siècle, avec les démocraties et l’individualisme, la liberté se conquiert aussi à l’intérieur : se déconditionner, retrouver son identité. Où se situe cette frontière entre libération collective et libération intime ? C’est la conclusion de la vidéo, et une excellente ouverture de dissertation. La fiche de la notion et le quiz sont dans l’application.

Les notions voisines

La liberté dialogue avec le devoir (Kant), l’État (Hobbes, Rousseau), l’inconscient (Spinoza, Freud) et la conscience.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le libre arbitre ?

L’aptitude de l’homme à choisir ses actions sans y être contraint par une force extérieure. Il fonde la responsabilité : je réponds de mes actes parce que j’aurais pu agir autrement.

Pourquoi Kant dit-il que la liberté est un postulat ?

Parce que son existence ne peut être prouvée, mais qu’il faut la supposer pour que nos actes aient une valeur morale : sans la possibilité d’agir autrement, ni le bien ni le mal n’auraient de sens.

Quelle différence entre déterminisme et fatalisme ?

Le déterminisme (Spinoza) affirme que nos actes ont des causes que nous ignorons, d’où l’illusion du libre arbitre. Le fatalisme affirme qu’un destin est fixé d’avance quoi que l’on fasse, comme dans le mythe d’Œdipe.

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Alyse Gaultier

Alyse Gaultier est doctorante en philosophie, professeure particulière de philosophie et de français, écrivaine et comédienne. Philosophe de l’art de formation, elle a accompagné des milliers d’élèves, de la Première au doctorat, en cours collectifs et individuels, et a animé des cafés philo. Elle fait partie du département philosophie de La Boîte à Bac depuis 2021 : elle écrit et présente les vidéos des 17 notions du programme de Terminale et les stages de révision du bac. Sa pédagogie s’appuie sur le contact direct avec les textes et sur le programme officiel, avec l’ambition de rendre la philosophie accessible, concrète et utile pour diriger sa vie. Elle est aussi l’autrice de plusieurs livres, notamment aux éditions Flammarion (collection L’ABCdaire), et a participé à de nombreux projets de théâtre et de cinéma.

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