Une ligne de forts romains sur le Rhin, des lignes droites tracées sur une carte d’Afrique à Berlin, une zone démilitarisée de 250 km entre deux Corées : trois époques, trois façons de tracer une frontière, et trois finalités. C’est l’axe 1 du thème 3 d’HGGSP de Première, « Tracer des frontières, approche géopolitique », avec ses trois jalons officiels : pour se protéger (le limes rhénan), pour se partager des territoires (la conférence de Berlin et le partage de l’Afrique), pour séparer deux systèmes politiques (la frontière entre les deux Corées).
Ce qu’il faut retenir
- Le limes rhénan est une frontière défensive (forts, tours de guet, routes) mais aussi une zone d’échanges et de métissage ; franchi en 260, il devient une frontière-marche.
- La conférence de Berlin (1884-1885) ne partage pas l’Afrique mais fixe les règles de la colonisation (antériorité, occupation effective) ; les « frontières de papier » sont conservées par l’OUA en 1964 (intangibilité).
- La frontière coréenne, née au 38e parallèle en 1945 et figée par l’armistice de 1953, est une frontière idéologique hermétique et militarisée (DMZ), malgré des tentatives de rapprochement.
Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme HGGSP Première : les 5 thèmes, les axes et les jalons.
I. Le limes rhénan : des frontières pour se protéger
Après la défaite de Varus à Teutobourg en 9 après J.-C., Auguste fortifie le Rhin : forts pouvant abriter une légion, tours de guet, routes pour déplacer les troupes. Le limes de Germanie s’étend sur 550 km, et à l’apogée de l’Empire, sous Hadrien, l’ensemble des limes dépasse 5 000 km, de l’Écosse (le mur d’Hadrien) à l’Afrique du Nord. C’est un précurseur de la frontière-ligne.
Mais le limes n’est pas fermé : marchés et villages s’y développent, les Romains recrutent des auxiliaires germaniques, des dialectes mixtes apparaissent, et des villes comme Cologne, Mayence ou Trèves naissent sur cette ligne de contact. Franchi en 260 par les Germains, il se transforme en frontière-marche, une zone tampon aux niveaux de romanité variés, où les peuples installés défendront à leur tour l’Empire. Tanguy raconte dans la vidéo comment Romains et Germains se sont mutuellement transformés, du pantalon aux techniques de construction.
II. La conférence de Berlin : des frontières pour se partager des territoires
Au XIXe siècle, les États-nations européens se tournent vers l’Afrique. Il faut d’abord la connaître : Brazza pour la France, Livingstone pour le Royaume-Uni cartographient l’intérieur du continent en remontant les grands fleuves, qui serviront ensuite de guides aux tracés. Pour éviter les guerres entre Européens, Bismarck réunit en 1884-1885 la conférence de Berlin. Contrairement à l’idée reçue, elle ne partage pas l’Afrique : elle fixe les règles de la revendication, le droit d’antériorité et l’occupation effective.
Les frontières qui en résultent sont des lignes géométriques tracées sur des cartes imprécises, des « frontières de papier » qui ignorent les réalités des peuples. Elles provoquent des tensions entre Européens (crise de Fachoda, 1898) puis, à l’indépendance, sont conservées par l’OUA au nom de l’intangibilité des frontières (1964). Elles pèsent encore aujourd’hui : peuples divisés ou réunis de force, nomades touaregs et peuls entravés, jusqu’à la tentative de créer l’Azawad au Mali en 2012. Le cas du Rwanda, développé dans la vidéo, montre jusqu’où peuvent mener ces héritages.
III. La frontière coréenne : des frontières pour séparer deux systèmes politiques
La guerre froide a coupé en deux l’Allemagne, le Vietnam, la Chine et la Corée. Colonie japonaise depuis 1910, la péninsule est divisée au 38e parallèle en 1945 ; la guerre de Corée (1950-1953) oppose le Nord communiste de Kim Il-sung au Sud de Syngman Rhee, et l’armistice de juillet 1953 fige la séparation provisoire en frontière permanente, avec une zone démilitarisée (DMZ) de 250 km de long et 4 km de large.
C’est la frontière la plus surveillée du monde : clôtures électrifiées, champs de mines, tours de guet, et un seul point de contact officiel, la Joint Security Area de Panmunjeom, devenue paradoxalement un site touristique. La frontière est aussi symbolique et technologique : ballons de K-pop envoyés vers le Nord, ballons de déchets renvoyés en 2024. Les tentatives de rapprochement (Sunshine Policy de 1998 à 2008, sommets de 2018) n’ont pas levé la division. Pourquoi cette frontière tient-elle alors que celle de Berlin est tombée ? C’est la question que pose la conclusion de la vidéo, et un excellent sujet de réflexion pour l’épreuve.
La suite du thème
L’axe 2, « Les frontières en débat », étudie la reconnaissance de la frontière germano-polonaise de 1939 à 1990, puis le droit de la mer.
▶ La frontière germano-polonaise de 1939 à 1990 | Frontières en débat
▶ Les frontières dans le monde actuel | Introduction du thème 3Questions fréquentes
Qu’est-ce que le limes ?
La ligne fortifiée qui marquait les frontières de l’Empire romain : forts, tours de guet et routes militaires. Sur le Rhin, le limes protégeait la Germanie romaine des peuples germaniques, tout en servant de zone d’échanges commerciaux et culturels.
La conférence de Berlin a-t-elle partagé l’Afrique ?
Non. Réunie par Bismarck en 1884-1885, elle a fixé les règles permettant aux puissances européennes de revendiquer un territoire (antériorité de l’exploration, occupation effective). Le partage s’est fait ensuite, par traités et expéditions, avec des frontières souvent tracées à la règle.
Qu’est-ce que la DMZ coréenne ?
La zone démilitarisée qui sépare la Corée du Nord et la Corée du Sud depuis l’armistice de 1953, le long du 38e parallèle : 250 km de long, 4 km de large, ultra-surveillée, avec un unique point de contact à Panmunjeom.
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