Depuis plus de deux siècles, la Grèce et le Royaume-Uni se disputent des morceaux de marbre sculptés il y a 2 500 ans. Les frises du Parthénon sont le cas d’école du conflit patrimonial : à qui appartient une œuvre, à la nation qui l’a créée ou à l’humanité entière ? C’est le deuxième jalon de l’axe 1 du thème 4 d’HGGSP de Terminale, « Conflits de patrimoine. Les frises du Parthénon depuis le XIXe siècle », complété ici par le bilan des usages sociaux et politiques du patrimoine.
Ce qu’il faut retenir
- Le Parthénon (Ve siècle av. J.-C.) symbolise l’âge d’or athénien ; ses sculptures ont été dispersées, en particulier par Lord Elgin en 1801, avec une autorisation ottomane contestée.
- Le British Museum invoque la légalité de l’acquisition et la valeur universelle des œuvres ; la Grèce, un pillage et un symbole de son identité nationale, avec le musée de l’Acropole (2009) comme argument.
- Le débat s’inscrit dans un mouvement mondial de restitution (conférence de Washington 1998, rapport Savoy-Sarr 2018), freiné par l’inaliénabilité des collections publiques.
Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme HGGSP Terminale : les 6 thèmes, les jalons et l’épreuve du bac.
I. Contexte historique et culturel
Sur l’Acropole d’Athènes, le Parthénon est l’œuvre de Phidias sous la direction de Périclès, au Ve siècle avant notre ère. Dédié à Athéna, il célèbre la puissance de la cité au temps de son empire maritime. Sa frise représente les Panathénées, la grande procession civique où tous les citoyens rappelaient leur attachement à la cité. Tanguy explique dans la vidéo l’astuce d’architecture qui donne au temple son impression d’équilibre parfait, une anecdote qui plaît aux correcteurs.
Le monument traverse ensuite les siècles en s’abîmant : transformé en poudrière par les Ottomans, il explose en 1687 lors du siège vénitien. Puis, en 1801, Lord Elgin fait retirer une grande partie des sculptures survivantes avec un firman, une autorisation controversée de l’Empire ottoman qui domine alors la Grèce. Les « marbres d’Elgin » rejoignent Londres et le British Museum ; d’autres fragments sont au Louvre ou au Vatican. Le poète Lord Byron dénonce aussitôt un vandalisme, au moment même où l’Europe s’éprend de l’héritage grec et où la Grèce conquiert son indépendance (1832).
II. La controverse sur la restitution
La position britannique tient en trois arguments : les frises ont été acquises légalement ; le Royaume-Uni a su les conserver quand la Grèce ne le pouvait pas ; et surtout, des œuvres de cette importance appartiennent à l’humanité entière, leur valeur est universelle. La Grèce répond point par point : les Ottomans n’avaient aucune légitimité pour céder un patrimoine grec, il s’agit donc d’un pillage ; les frises sont un symbole de l’identité hellénique ; et depuis l’ouverture du musée de l’Acropole en 2009, elles peuvent être conservées dans des conditions optimales, dans leur contexte d’origine.
Le patrimoine est ici un levier politique des deux côtés. En Grèce, de Melina Mercouri dans les années 1980 au président Pavlopoulos en 2019, la restitution sert à affirmer la continuité culturelle depuis l’Antiquité et à nourrir la fierté nationale. Au Royaume-Uni, garder les frises, c’est se poser en gardien responsable du patrimoine mondial, alors que le passé colonial du pays est de plus en plus critiqué. La vidéo détaille les arguments à mobiliser dans une dissertation, pour chacun des deux camps.
III. Un conflit en voie de résolution ?
Le contexte international a changé. L’UNESCO et plusieurs États soutiennent la restitution des biens culturels à leur pays d’origine ; la conférence de Washington (1998) a fixé des principes pour les œuvres spoliées par les nazis, et le rapport Savoy-Sarr (2018) recommande à la France de restituer les œuvres africaines acquises de façon inéquitable pendant la colonisation. Mais un obstacle juridique demeure : l’inaliénabilité des collections publiques, qui interdit aux musées de céder leurs œuvres, même pour des raisons morales. Des formules de prêt ou de partage ont été évoquées ; la Grèce, elle, veut un retour complet et définitif.
Bilan de l’axe 1 : les usages sociaux et politiques du patrimoine
Versailles et le Parthénon montrent la même chose : le patrimoine est d’abord une affaire d’identité. Pour l’historien Krzysztof Pomian, l’identité nationale se construit et évolue à travers la conservation et l’interprétation du patrimoine. C’est pourquoi les régimes s’en emparent : Mussolini mobilise l’architecture romaine pour légitimer le fascisme, tandis que d’autres pouvoirs détruisent ce qui contredit leur idéologie.
Le patrimoine est aussi un champ de conflits : le Valle de los Caídos franquiste en Espagne, les mosquées détruites pendant la guerre de Yougoslavie, ou encore les demandes de restitution du Bénin à la France. Face à cela, l’UNESCO promeut un patrimoine mondial qui dépasse les nations, et la modernité pose sa propre question : l’exposition Jeff Koons à Versailles dénature-t-elle le patrimoine ou participe-t-elle à son évolution ? Les fiches et le quiz de l’axe 1 dans l’application vous aident à organiser ces exemples pour l’épreuve.
La suite du thème
L’axe 2, « Patrimoine, la préservation entre tensions et concurrences », enchaîne avec Paris entre protection et nouvel urbanisme, puis la question patrimoniale au Mali.
▶ Le conflit pour les frises du Parthénon bientôt fini ? | Actualité
▶ Patrimoine | Paris entre protection et nouvel urbanisme
▶ Patrimoine | La question patrimoniale au MaliQuestions fréquentes
Pourquoi les frises du Parthénon sont-elles au British Museum ?
Parce que Lord Elgin, ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman, les a fait retirer à partir de 1801 avec une autorisation ottomane (un firman) dont la validité est contestée, puis les a vendues au Royaume-Uni.
Quels sont les arguments de la Grèce pour leur restitution ?
Les Ottomans n’avaient pas la légitimité de céder un patrimoine grec ; les frises sont un symbole de l’identité nationale ; le musée de l’Acropole, ouvert en 2009, offre des conditions de conservation optimales dans le contexte d’origine.
Qu’est-ce que l’inaliénabilité des collections ?
Le principe juridique selon lequel les œuvres des collections publiques ne peuvent être ni vendues ni cédées. Il protège le patrimoine mais complique les restitutions, qui exigent alors une loi spéciale.
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