Pourquoi des millions d’hommes obéissent-ils à un seul, qui n’a que deux yeux, deux mains et un corps ? À dix-huit ans à peine, Étienne de La Boétie pose la question la plus dérangeante de la littérature politique et y répond en une quarantaine de pages : la servitude n’est pas imposée, elle est volontaire. Au programme du bac de français 2027 dans « la littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle », avec le parcours « défendre » et « entretenir » la liberté, le Discours se lit vite mais se comprend lentement. Voici la fiche, et ce que notre vidéo explique en plus.
Ce qu’il faut retenir
- Le tyran n’a d’autre force que celle que ses sujets lui prêtent : cesser de servir suffirait à le renverser, sans violence.
- Trois causes de la servitude : la coutume (on naît serf), l’abrutissement par les spectacles et les largesses, et l’intérêt de la pyramide des complices.
- Le parcours distingue défendre la liberté (résister au tyran) et l’entretenir (la cultiver par l’éducation, l’amitié, la vigilance).
Dans le programme : Discours de la servitude volontaire figure au programme du bac de français 2027 (voie générale) dans l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle », avec le parcours « Défendre » et « entretenir » la liberté (code FR-1-G-2027-OE2-W1). Retrouvez les douze œuvres, ce qui change en 2027 et nos vidéos de méthode sur notre guide du programme 2027.
L’œuvre en bref
| Fiche d’identité | |
|---|---|
| Auteur | Étienne de La Boétie (1530-1563) |
| Titre | Discours de la servitude volontaire |
| Date | première version écrite vers 1546-1548, retravaillée vers 1553 ; jamais publiée par l’auteur ; publiée partiellement en 1574 (Réveille-matin des François) puis intégralement en 1576 (Mémoires de l’estat de France sous Charles IX) |
| Genre | discours, essai politique en prose (une quarantaine de pages) |
| Objet d’étude | La littérature d’idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle |
| Parcours associé | « Défendre » et « entretenir » la liberté |
| Code programme | FR-1-G-2027-OE2-W1 |
Qui est Étienne de La Boétie ?
Né à Sarlat en 1530, juriste formé à Orléans, foyer de l’humanisme juridique, conseiller au parlement de Bordeaux dès 1553, Étienne de La Boétie est surtout connu comme l’ami de Montaigne (« parce que c’était lui, parce que c’était moi »). Il écrit une première version du Discours de la servitude volontaire très jeune, vers 16-18 ans, et la retravaille vers 1553. Il traduit Xénophon et Plutarque, compose des sonnets, rédige un Mémoire sur l’édit de janvier 1562 et meurt en 1563, à 32 ans, emporté par une maladie brutale. Montaigne, qui voulait publier le Discours dans les Essais, y renonce quand les protestants s’en emparent.
Résumé de Discours de la servitude volontaire
Le Discours part d’une question simple et scandaleuse : pourquoi des millions d’hommes servent-ils un seul homme, qui ne tient sa force que d’eux ? Le tyran n’a que deux yeux, deux mains, un corps ; s’il est puissant, c’est que les sujets lui prêtent leurs bras. La servitude n’est donc pas imposée par la force mais consentie : elle est volontaire. La Boétie en cherche les causes : l’habitude, qui fait oublier que la liberté est naturelle ; l’éducation dans la servitude ; les plaisirs, les spectacles et les largesses qui endorment le peuple ; les mystifications religieuses qui divinisent le prince.
Puis il démonte le mécanisme : la tyrannie repose sur une chaîne de complices intéressés, du favori au plus petit profiteur. Le remède tient en une décision : cesser de soutenir le tyran, non par la violence mais par le retrait. La liberté se défend (contre le tyran) et s’entretient (par l’éducation, l’amitié, la vigilance).
Les quatre mouvements du Discours
- 1. Le scandale : comment tant d’hommes obéissent-ils à un seul, qui n’a de pouvoir que celui qu’on lui donne ? Il suffirait de ne plus servir : « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. »
- 2. Les causes de la servitude volontaire : la coutume et l’habitude (on naît serf et on est élevé dans la servitude), l’oubli de la liberté naturelle, l’abrutissement par les divertissements et les largesses (théâtres, jeux, farces, « appâts de la servitude »), la religion et les superstitions instrumentalisées.
- 3. Le ressort du tyran : la pyramide des complices. Cinq ou six ont l’oreille du tyran, six cents dépendent de ces six, six mille de ces six cents… chacun tyrannise ceux d’en dessous pour profiter du système. La tyrannie tient par l’intérêt de tous ceux qu’elle enrichit.
- 4. Conclusion : le tyran vit dans la peur et sans amitié ; l’amitié, qui suppose l’égalité, est le contraire de la tyrannie ; Dieu réserve aux tyrans un châtiment.
Les exemples sont surtout antiques (Sparte, Athènes, Xerxès, Néron, Caligula, Jules César). La Boétie se garde d’attaquer les rois de France, qu’il évoque avec respect (fleurs de lys, sainte ampoule, oriflamme), non sans une part possible d’ironie : c’est la tyrannie en général qu’il analyse.
La vidéo, réalisée en partenariat avec Étonnants classiques, présente l’auteur, résume le Discours en détail et analyse son lien avec le parcours « Défendre » et « entretenir » la liberté.
Les thèmes et le parcours « Défendre » et « entretenir » la liberté
Les grands thèmes à mobiliser en dissertation et à l’oral :
- liberté naturelle et servitude consentie
- le pouvoir comme relation : le tyran n’existe que par l’obéissance
- la coutume et l’éducation, premières causes de la soumission
- les divertissements et la religion comme instruments de domination
- la pyramide des complices et l’intérêt
- l’amitié comme modèle d’une relation entre égaux
- la non-violence : la désobéissance suffit
- la forme du discours : exorde, apostrophes, prosopopée, héritage de Cicéron
- une œuvre qui échappe à son auteur : lue tour à tour par les protestants, les révolutionnaires, les anarchistes et les théoriciens de la désobéissance civile
Le parcours « Défendre » et « entretenir » la liberté expliqué
« Défendre » et « entretenir » la liberté : les deux verbes viennent du texte lui-même. Défendre, c’est résister au tyran, refuser de servir, se souvenir que la liberté est un bien naturel. Entretenir, c’est plus exigeant : la liberté s’use si l’on ne la cultive pas par l’éducation, la lecture (les « gens bien nés » qui ont « la tête bien faite »), l’amitié et la vigilance contre les habitudes. Le parcours invite à lire le Discours comme un traité de la liberté autant que comme un pamphlet contre la tyrannie, et à le mettre en relation avec Montaigne, Rousseau, Thoreau ou Simone Weil. Paradoxe à exploiter en dissertation : La Boétie défend la liberté dans un texte qu’il n’a jamais publié, et qui n’a cessé ensuite d’être approprié par d’autres.
Citations à retenir
Quelques formules courtes, faciles à replacer dans une copie :
- « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » (Discours)
- « La première raison de la servitude volontaire, c’est la coutume. » (Discours)
- « Pauvres gens et misérables, peuples insensés, nations opiniâtres en votre mal et aveugles en votre bien » (Discours, apostrophe au peuple)
- « les appâts de la servitude » (Discours, à propos des théâtres, jeux et spectacles)
Vérifiez toujours la citation sur votre édition avant de l’apprendre : la ponctuation et l’orthographe comptent dans une copie.
Sujets de dissertation et conseils de révision
Trois sujets possibles sur l’œuvre et son parcours :
- Le Discours de la servitude volontaire est-il un texte contre le tyran ou contre les sujets ?
- En quoi le Discours de La Boétie est-il une œuvre pour « entretenir » la liberté ?
- Un texte du XVIe siècle peut-il encore nous apprendre à défendre la liberté ?
Nos conseils pour réviser
Bien distinguer les deux verbes du parcours ; connaître les dates de publication (1574, 1576) et le rôle de Montaigne ; savoir expliquer la pyramide des complices et « les appâts de la servitude » ; se méfier des formules célèbres attribuées à La Boétie sans source.
Pour aller plus loin : nos vidéos
Une fois l’œuvre en tête, reste la méthode : analyser un sujet, construire une introduction, ficher une analyse linéaire pour l’oral. Nos vidéos de méthode sont là pour ça.
▶ Ficher ton analyse linéaire : deux techniques imparables pour l’oral de français
▶ Bien analyser le sujet pour réussir sa dissertation de français
▶ Comment rédiger une bonne introduction de dissertationQuestions possibles à l’oral du bac
Pourquoi la servitude est-elle dite « volontaire » ?
Parce que le tyran n’a d’autre force que celle que les sujets lui donnent : ils lui prêtent leurs mains, leurs yeux, leurs biens. Ne plus le soutenir suffirait à le faire tomber ; la soumission est donc un consentement, souvent inconscient.
Quelles sont les causes de la servitude selon La Boétie ?
La coutume et l’éducation (on naît dans la servitude), l’oubli de la liberté naturelle, l’abrutissement par les plaisirs et les spectacles, la religion instrumentalisée, et surtout l’intérêt de la chaîne des complices qui profitent du tyran.
La Boétie appelle-t-il à la révolte ?
Non : il ne prône pas la violence mais le retrait de l’obéissance. C’est pourquoi le texte a nourri les théories de la désobéissance civile (Thoreau, Gandhi). Le remède est intérieur : se ressouvenir de sa liberté.
Pourquoi le texte a-t-il été publié par les protestants ?
Après la Saint-Barthélemy (1572), les monarchomaques protestants l’utilisent contre la monarchie des Valois (Réveille-matin des François, 1574 ; titre Contr’un). Montaigne renonce alors à l’inclure dans les Essais pour ne pas le compromettre.
Nos produits
Pour aller plus loin en français
Kit’Bac de FrançaisLe coffret pour réviser les œuvres, les parcours et les figures de style avec des cartes, des défis et des vidéos de méthodologie.Voir le Kit’Bac
Méthodologie Français (26 vidéos)Commentaire, dissertation, oral : la méthode pas à pas pour les épreuves anticipées.Découvrir la méthodoFiche rédigée par l’équipe La Boîte à Bac à partir du programme officiel (BO n° 30 du 24 juillet 2025) et de l’œuvre. Signalez-nous toute erreur en commentaire.



