Trois mots, « C’est bien… ça… », un silence entre « bien » et « ça », et une amitié de toujours qui se défait. Dans Pour un oui ou pour un non (1982), Nathalie Sarraute réduit le théâtre à la parole : pas d’intrigue, pas de décor, deux hommes sans nom qui examinent une intonation jusqu’à découvrir deux visions du monde inconciliables. Au programme du bac de français 2027 dans « le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle », avec le parcours « théâtre et dispute ». Voici la fiche, et ce que nos deux vidéos ajoutent.
Ce qu’il faut retenir
- Pièce d’un seul tenant, sans actes ni scènes, pour deux personnages principaux, H.1 et H.2, et deux voisins témoins, H.3 et F. ; d’abord diffusée à la radio (1981), publiée en 1982, créée à la scène en 1986.
- Le tropisme : un mouvement intérieur infime, provoqué par un mot ou un ton, que la pièce rend audible en faisant parler les personnages jusqu’au bout.
- Le parcours « théâtre et dispute » : la dispute est la seule action, et ce « rien » révèle l’essentiel, la réussite contre les « petits bonheurs », juger contre vivre.
Dans le programme : Pour un oui ou pour un non figure au programme du bac de français 2027 (voie générale) dans l’objet d’étude « Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle », avec le parcours « théâtre et dispute » (code FR-1-G-2027-OE4-W3). Retrouvez les douze œuvres, ce qui change en 2027 et nos vidéos de méthode sur notre guide du programme 2027.
L’œuvre en bref
| Fiche d’identité | |
|---|---|
| Auteur | Nathalie Sarraute (1900-1999) |
| Titre | Pour un oui ou pour un non |
| Date | d’abord créée à la radio (1981) ; publiée en 1982 chez Gallimard ; créée à la scène en 1986 (mise en scène de Simone Benmussa, théâtre du Rond-Point, avec Sami Frey et Jean-François Balmer) ; téléfilm de Jacques Doillon en 1988 |
| Genre | pièce en prose d’un seul tenant, sans actes ni scènes, pour deux personnages principaux (H.1 et H.2) et deux voisins (H.3 et F.) |
| Objet d’étude | Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle |
| Parcours associé | « théâtre et dispute » |
| Code programme | FR-1-G-2027-OE4-W3 |
Qui est Nathalie Sarraute ?
Née à Ivanovo en Russie en 1900, élevée entre Paris et Saint-Pétersbourg, avocate de formation, Nathalie Sarraute publie Tropismes en 1939 et devient l’une des figures du Nouveau Roman : Portrait d’un inconnu (1948, préfacé par Sartre), Le Planétarium (1959), Les Fruits d’or (1963), l’essai L’Ère du soupçon (1956), le récit Enfance (1983). Son théâtre, d’abord écrit pour la radio (Le Silence, Le Mensonge, Elle est là), culmine avec Pour un oui ou pour un non (1982). Elle meurt à Paris en 1999.
Résumé de Pour un oui ou pour un non
Deux amis de longue date se retrouvent. H.1 veut comprendre pourquoi H.2 s’est éloigné. Après bien des réticences, H.2 avoue : une phrase de H.1, « C’est bien… ça… », prononcée avec un certain ton, un certain silence entre « bien » et « ça », lui a révélé ce que son ami pensait de lui : de la condescendance. Rompre pour si peu ?
Ce serait devenir celui qui rompt « pour un oui ou pour un non ». Les voisins appelés en arbitres ne peuvent que constater l’absurdité apparente du différend. Mais plus les deux hommes examinent la phrase, plus la faille se creuse : derrière l’intonation apparaissent deux manières de vivre inconciliables, la réussite qui juge et classe, et un autre bonheur, contemplatif, que H.2 revendique. La dispute tourne à la lutte à mort ; épuisés, les deux amis conviennent qu’il vaudrait mieux ne plus se voir, sans parvenir à trancher.
Les mouvements de la pièce
- L’aveu : H.1 vient demander à H.2, vieil ami, pourquoi il s’est éloigné. H.2 finit par lâcher le motif : un jour, H.1 lui a dit « C’est bien… ça… », avec une intonation qui l’a blessé.
- Le « dossier » : H.2 voudrait rompre, H.1 refuse ; on examine la phrase, le ton, le silence entre les mots, jusqu’à ce que H.1 lui-même mette un nom dessus : la condescendance.
- Les témoins : les voisins, H.3 et F., appelés pour juger, ne voient qu’une querelle absurde ; la société classerait H.2 parmi ceux qui rompent « pour un oui ou pour un non ».
- Deux vies : H.2 flaire des « pièges », H.1 défend sa vie rangée et réussie ; H.2 revendique un autre bonheur, « pas au catalogue » ; viennent les excuses, un vers de Verlaine, puis le souvenir d’une course en montagne où l’envie de tuer l’autre a affleuré.
- La lutte à mort : chacun a désormais rangé l’autre dans un camp ; épuisés, les deux hommes conviennent qu’ils feraient mieux de ne plus se voir, sans pouvoir rompre vraiment : la pièce s’achève dans l’impasse.
Pas d’intrigue au sens classique : l’action est entièrement verbale, faite de tropismes, ces mouvements intérieurs infimes que le langage révèle.
Nos deux vidéos complètent la fiche : un résumé avec les personnages, le contexte et le parcours, puis trois questions d’analyse (la dispute est-elle essentielle au théâtre ? sur quoi repose la dispute entre H.1 et H.2 ? la pièce est-elle une comédie ?) ; d’autres questions sont dans la vidéo réservée à l’application.
Les personnages
- H.1 : l’ami « installé », du côté de la réussite, qui juge sans le savoir
- H.2 : l’ami solitaire, sensible, qui perçoit les tropismes et refuse les catégories
- H.3 et F. : les voisins, appelés en témoins, incarnation du sens commun
- les personnages n’ont ni nom, ni âge, ni profession précise ; Sarraute a suggéré qu’ils pourraient être les deux faces d’une même personne
Les thèmes et le parcours « théâtre et dispute »
Les grands thèmes à mobiliser en dissertation et à l’oral :
- le langage et ses sous-entendus : intonation, silence, dénotation et connotation
- les tropismes : mouvements intérieurs minuscules à l’origine des conflits
- l’amitié et sa fragilité
- la dispute comme révélateur de deux visions du monde (réussite / autre bonheur)
- le jugement d’autrui : la société comme tribunal, les étiquettes qui enferment
- le théâtre réduit à la parole : pas d’action, pas de décor, pas d’intrigue ; parenté avec le théâtre de l’absurde
- la violence des « petits riens »
Le parcours « théâtre et dispute » expliqué
« Théâtre et dispute » : la dispute est ici la seule action, et elle porte sur trois mots. Sarraute montre que le conflit naît de ce qui n’est pas dit, et que le théâtre peut faire entendre l’inaudible (le ton, le silence). Le parcours invite à comparer avec les grandes disputes du répertoire (Molière, Marivaux, Musset) et avec le théâtre contemporain (Lagarce, Juste la fin du monde), et à interroger la parole comme acte : qualifier, classer, blesser, rompre.
Citations à retenir
Quelques formules courtes, faciles à replacer dans une copie :
- « C’est bien… ça… » (la phrase à l’origine de la dispute)
L’œuvre est protégée par le droit d’auteur : nous ne reproduisons pas le texte. Relevez vous-même, dans votre édition, trois ou quatre passages courts par section ou par mouvement, avec la page, pour les avoir sous la main le jour de l’oral.
Sujets de dissertation et conseils de révision
Trois sujets possibles sur l’œuvre et son parcours :
- Dans Pour un oui ou pour un non, la dispute est-elle vraiment sans objet ?
- Le théâtre de Sarraute est-il encore du théâtre ?
- La parole, dans la pièce, rapproche-t-elle ou sépare-t-elle ?
Nos conseils pour réviser
Ne pas résumer par « ils se disputent pour rien » : montrer ce que la dispute révèle ; connaître la notion de tropisme et le Nouveau Roman ; relever les didascalies sur le ton et les silences, et les figures (aposiopèse, épanorthose) ; vérifier sur l’édition la fin exacte de la pièce avant de la citer.
Pour aller plus loin : nos vidéos
Pour nourrir une dissertation, nos shorts proposent des œuvres à rapprocher de celle-ci. Et une fois l’œuvre en tête, reste la méthode : analyser un sujet, construire une introduction, ficher une analyse linéaire pour l’oral.
▶ Pour un oui ou pour un non : analyses
▶ Une œuvre à rapprocher : Les Justes de Camus (short)
▶ Une œuvre à rapprocher : Huis clos de Sartre (short)
▶ Ficher ton analyse linéaire : deux techniques imparables pour l’oral de français
▶ Bien analyser le sujet pour réussir sa dissertation de français
▶ Comment rédiger une bonne introduction de dissertationQuestions possibles à l’oral du bac
Que signifie le titre ?
L’expression désigne une querelle pour rien : c’est l’étiquette que la société collerait à H.2 s’il rompait. Sarraute la retourne : le « rien » (un ton, un silence) révèle l’essentiel. Le titre est ironique et sérieux à la fois.
Qu’est-ce qu’un tropisme chez Sarraute ?
Un mouvement intérieur infime, involontaire, provoqué par un mot ou un geste d’autrui, en deçà du langage ; son théâtre tente de le rendre audible en faisant parler les personnages jusqu’à l’épuisement du dit.
Pourquoi les personnages s’appellent-ils H.1 et H.2 ?
Pour éviter la psychologie et le pittoresque : ils sont deux voix, deux positions ; le lecteur peut s’y projeter. Cette abstraction fait ressortir le langage lui-même.
Quel rôle jouent H.3 et F. ?
Des témoins convoqués pour trancher, qui ne voient qu’une querelle absurde ; ils représentent le regard extérieur, incapable de percevoir les tropismes, et rendent la solitude des deux amis plus sensible.
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Pour aller plus loin en français
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