En 1896, une plaque photographique impressionnée par des sels d’uranium dans un tiroir de laboratoire. Cinquante ans plus tard, Hiroshima. Entre les deux, quelques dizaines de chercheurs qui s’écrivent, se rencontrent, reproduisent leurs expériences, puis des États qui s’emparent de leurs découvertes. C’est le jalon 2 de l’axe 1 du thème 6 d’HGGSP de Terminale : « Produire de la connaissance scientifique : recherche et échanges des hommes et des femmes de science sur la question de la radioactivité de 1896 aux années 1950 ».
Ce qu’il faut retenir
- 1896-1914 : Becquerel découvre la radioactivité naturelle, Pierre et Marie Curie isolent le polonium et le radium (1898, Nobel 1903) ; une petite communauté scientifique internationale se forme, et les premières applications médicales et industrielles apparaissent.
- 1919-1939 : la recherche s’intensifie et s’internationalise : neutron (Chadwick, 1932), radioactivité artificielle (Joliot-Curie, 1934), fission (Hahn et Strassmann, 1938) et réaction en chaîne (1939).
- 1939-1957 : la guerre fait basculer la recherche dans le secret et le militaire (projet Manhattan), puis les scientifiques réclament un contrôle international, jusqu’à la création de l’AIEA (1957).
Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme HGGSP Terminale : les 6 thèmes, les jalons et l’épreuve du bac.
I. Les débuts de la recherche sur la radioactivité (1896-1914)
Henri Becquerel découvre presque par hasard, en 1896, que les sels d’uranium émettent un rayonnement propre, sans source extérieure : la radioactivité naturelle. Pierre et Marie Curie s’en emparent, isolent le polonium et le radium en 1898, inventent le mot « radioactivité », et partagent avec Becquerel le prix Nobel de physique en 1903. Marie Curie, première femme lauréate d’un Nobel, première femme à enseigner à la Sorbonne, deviendra le symbole de la place des femmes dans les sciences.
À la veille de 1914, quelques dizaines de chercheurs seulement travaillent sur le sujet, à Paris, Vienne, Berlin, Londres, Manchester, Madrid ou Montréal. Mais ils correspondent, organisent des congrès à partir de 1910, et forment ainsi une véritable communauté scientifique. Les applications suivent vite : la curiethérapie contre certains cancers dès 1901, mais aussi des produits commerciaux au radium, des peintures luminescentes aux crèmes de beauté, dont on ignore encore les dangers. L’histoire des « Radium Girls » et de la crème Tho-Radia, racontée dans la vidéo, montre le prix de cette ignorance.
II. L’entre-deux-guerres : intensification et découvertes majeures (1919-1939)
Les laboratoires s’équipent d’instruments coûteux, comme les accélérateurs de particules, et les échanges se multiplient par les congrès et les publications ; chaque résultat est reproduit ailleurs pour être confirmé. En 1932, James Chadwick découvre le neutron. En 1934, Irène et Frédéric Joliot-Curie obtiennent la radioactivité artificielle en bombardant des noyaux stables : Nobel de chimie en 1935, et de nouvelles perspectives pour la médecine nucléaire.
Puis les découvertes « font boum » : en 1938, Otto Hahn et Fritz Strassmann observent la fission du noyau d’uranium, interprétée par Lise Meitner et Otto Frisch ; en 1939, l’équipe de Joliot-Curie démontre la possibilité d’une réaction en chaîne. L’énergie nucléaire et la bombe atomique sont désormais théoriquement possibles. Dès lors, les États encadrent la recherche et freinent la coopération internationale : la guerre commence, et l’espionnage aussi.
III. De la Seconde Guerre mondiale aux années 1950 : applications et enjeux éthiques
En 1942, les États-Unis lancent avec le Royaume-Uni et le Canada le projet Manhattan, dirigé par Robert Oppenheimer : plus de 130 000 personnes, deux milliards de dollars de l’époque, des laboratoires isolés et une information fragmentée pour préserver le secret. En 1945, les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki font entrer l’humanité dans l’ère nucléaire, et posent aux scientifiques la question de leur responsabilité.
Beaucoup y répondent en entrant dans le débat public : Einstein, qui avait alerté Roosevelt dès 1939, puis Oppenheimer et Niels Bohr, qui militent pour un contrôle international des armes nucléaires ; l’appel de Stockholm (1950), signé par 150 millions de personnes, et le manifeste Russell-Einstein (1955). Les grandes puissances finissent par accepter un encadrement : l’Agence internationale de l’énergie atomique est créée en 1957 sous l’égide de l’ONU, pour promouvoir l’usage pacifique du nucléaire et prévenir la prolifération, avec les limites que l’on connaît aujourd’hui. La vidéo conclut sur un parallèle avec l’intelligence artificielle, une bonne ouverture pour une dissertation ou le Grand oral.
La suite du thème
L’axe 2, « La connaissance, enjeu politique et géopolitique », enchaîne avec le renseignement au service des États pendant la guerre froide, puis la circulation des étudiants et les transferts de technologie, avec l’exemple de l’Inde.
▶ Les services de renseignement dans la Guerre froide et aujourd’hui | Thème 6
▶ L’IA est-elle devenue le premier enjeu de puissance ? | Grand oral ConnaissanceQuestions fréquentes
Qui a découvert la radioactivité ?
Henri Becquerel, en 1896, en observant que des sels d’uranium impressionnent une plaque photographique sans lumière. Pierre et Marie Curie ont ensuite isolé le polonium et le radium (1898) et donné son nom au phénomène.
Quelle différence entre radioactivité naturelle et artificielle ?
La radioactivité naturelle provient d’éléments instables qui se désintègrent spontanément. La radioactivité artificielle, découverte par Irène et Frédéric Joliot-Curie en 1934, est obtenue en bombardant des noyaux stables avec des particules pour les rendre radioactifs.
Pourquoi l’AIEA a-t-elle été créée ?
Pour encadrer l’usage de l’énergie nucléaire après Hiroshima : promouvoir ses applications pacifiques et prévenir la prolifération des armes, sous l’égide de l’ONU, à partir de 1957.
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