Les États-Unis sont présents sur tous les océans, avec onze porte-avions et la première flotte de sous-marins du monde. Personne ne les affronte directement : c’est précisément le but. Ce jalon du thème 1 d’HGGSP de Terminale, « Affirmer sa puissance à partir des mers et des océans : la dissuasion nucléaire et les forces de projection maritimes », explique comment la mer est devenue le lieu où la puissance se montre pour ne pas avoir à s’exercer.
Ce qu’il faut retenir
- La maîtrise des mers a d’abord un sens commercial et colonial (comptoirs, Armada espagnole, Royal Navy) ; elle est aujourd’hui aussi géopolitique et militaire : surveillance des détroits, contrôle des ZEE, bases à l’étranger.
- Depuis 1945, la dissuasion nucléaire repose en grande partie sur la mer : sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et porte-avions sont les outils de la projection de puissance.
- Les rivalités maritimes se règlent rarement par le combat : de la guerre froide à la mer de Chine, c’est la capacité à agir qui compte. Les États-Unis sont le « souverain des mers », le thalassokrator.
Dans le programme : cette fiche fait partie de notre guide Programme HGGSP Terminale : les 6 thèmes, les jalons et l’épreuve du bac.
I. L’affirmation des puissances sur l’océan
La conquête des océans commence dès l’Antiquité, avec des enjeux commerciaux et coloniaux : les puissances européennes installent des comptoirs pour contrôler les échanges (épices, café, cacao, tabac, mais aussi la traite des esclaves). Pour protéger ces flux naissent les marines de guerre. L’Espagne domine au XVIe siècle avec son Armada, le Royaume-Uni prend le relais avec la Royal Navy, et les États-Unis sont aujourd’hui les maîtres des mers.
De nos jours, surveiller l’océan est un enjeu géopolitique autant qu’économique. L’US Navy veille sur Singapour, troisième port mondial ; la marine chinoise accompagne les « nouvelles routes de la soie » ; la Russie installe des bases en Arctique pour sécuriser ses exportations d’hydrocarbures. L’espace s’en mêle : les satellites observent les activités maritimes et les tirs de missiles, d’où le lien étroit entre conquête maritime et conquête spatiale, et la notion de space power.
Les États s’affirment aussi pour défendre leur zone économique exclusive, ses ressources et ses positions stratégiques. La mer de Chine méridionale en est l’exemple type : la Chine, Taïwan, le Japon, le Vietnam, les Philippines, Brunei et la Malaisie s’y disputent des archipels. La vidéo détaille ces exemples, et pourquoi de plus en plus d’États augmentent leur budget spatial pour des raisons d’abord militaires.
La militarisation des mers : nucléaire, sous-marins et porte-avions
Après Hiroshima et Nagasaki, le nucléaire devient l’instrument central de la puissance, et la mer son support privilégié. Les États-Unis mettent en service le premier sous-marin nucléaire, l’USS Nautilus, dans les années 1950 ; le premier tir d’un missile mer-sol depuis un sous-marin a lieu en 1960. Trois outils structurent depuis les forces navales : les porte-avions, les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), cœur de la dissuasion.
Les porte-avions sont le nerf de la projection de puissance : ils déplacent des avions de chasse et de reconnaissance vers n’importe quelle zone d’intérêt, dissuadent les adversaires et protègent les lignes de communication maritimes. Les États-Unis en alignent onze, loin devant tous les autres. Qui d’autre possède des SNLE et combien de porte-avions comptent la Chine, le Royaume-Uni ou la France ? Les chiffres à retenir sont dans la vidéo.
II. Conflits et rivalités liés à la domination des océans
Le programme demande de raisonner en trois temps. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la mer est une voie d’approvisionnement (convois de l’Atlantique, blocus allemand contre le Royaume-Uni), un champ de bataille (Pearl Harbor le 7 décembre 1941, la guerre du Pacifique, les U-Boote) et le chemin de la libération (débarquements de Normandie le 6 juin 1944 et de Provence le 15 août 1944).
Pendant la guerre froide, la rivalité s’exprime par la dissuasion : une phase de prolifération (bombe soviétique en 1949, bombe H en 1953) jusqu’à la crise de Cuba de 1962, qui fait frôler la guerre nucléaire, puis une phase de tentative de maîtrise avec le traité de non-prolifération de 1968, le traité de 1971 interdisant les armes nucléaires au fond des mers, et le traité START de 1991. Avec une limite : tous les États n’ont pas signé, et la France comme la Chine poursuivent leurs essais de missiles mer-sol.
Aujourd’hui, les puissances évitent l’affrontement direct, mais la loi du plus fort s’applique. Dans le golfe Persique, le contentieux entre l’Iran et les Émirats arabes unis autour de trois îles se règle sans combat, par la seule supériorité militaire iranienne. Et le plus fort de tous reste les États-Unis : sept flottes, 58 sous-marins nucléaires d’attaque, une présence sur tous les océans, quitte à provoquer la Chine en mer de Chine. L’historien Pierre Royer parle de thalassokrator, « souverain des mers ». La vidéo explique ce mot et l’exemple récent à citer.
La suite du thème
L’axe 2 change de registre : après les rivalités, les coopérations. D’abord la station spatiale internationale, puis le partage, l’exploitation et la préservation des ressources des mers et des océans, de Montego Bay à l’accord BBNJ. L’objet de travail conclusif sur la Chine est disponible en exclusivité dans l’application.
▶ De nouveaux espaces de conquête 3/5 – La station spatiale internationale
▶ De nouveaux espaces de conquête 4/5 – Ressources des mers et océansQuestions fréquentes
Qu’est-ce que la dissuasion nucléaire ?
La capacité d’un État à empêcher une agression par la seule menace d’une riposte nucléaire. Elle repose sur la possession de l’arme et sur des vecteurs crédibles, en particulier les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, difficiles à repérer et donc capables de frapper en second.
Qu’est-ce que la projection de puissance maritime ?
La capacité à déployer des forces loin de son territoire, grâce aux porte-avions, aux sous-marins et aux bases à l’étranger. Elle permet de protéger ses intérêts, de dissuader un adversaire et de peser dans une crise sans nécessairement combattre.
Que signifie « thalassokrator » ?
Un mot d’origine grecque, repris par l’historien Pierre Royer, qui désigne le « souverain des mers » : la puissance qui contrôle les océans et les activités maritimes. Aujourd’hui, ce sont les États-Unis.
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